110 cancérologues s’insurgent contre le prix « exorbitant » des traitements

110 cancérologues et hématologues lancent un appel, publié dans le Figaro, contre l'industrie pharmaceutique accusée de pratiquer des prix exorbitants. Est notamment visé le coût des traitements contre le cancer, qui pourraient devenir inaccessibles. Que revendiquent ces médecins ?

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110 cancérologues s'insurgent contre le prix « exorbitant » des traitements ©ShutterStock

« Une bulle s’est installée, et elle est sur le point d’exploser ». C’est par ces mots que Jean-Paul Vernant, professeur d’hématologie et auteur des recommandations du troisième plan cancer (qui lutte contre les inégalités face à la maladie), manifeste le mécontentement de plusieurs professionnels de santé face à l’explosion des prix pratiqués par l’industrie pharmaceutique. Pour faire entendre leur voix, 110 médecins lancent un appel, dirigé par Jean-Paul Vernant et Dominique Maraninchi (professeur de cancérologie, ancien président de l’Institut national du cancer et de l’Agence du médicament), publié dans le Figaro, ce lundi 14 mars, afin de proposer quelques pistes pour rétablir plus d’égalité face aux traitements médicaux.

Les « profits indécents de l’industrie pharmaceutique »

Saviez-vous que les bénéfices de l’industrie du luxe sont nettement inférieurs à ceux de l’industrie pharmaceutique ? Ce fait surprenant provoque la colère des médecins qui critiquent les « profits indécents » de cette industrie. Alors que de « nombreuses innovations thérapeutiques apparaissent dans le domaine du cancer », qui laissent augurer l’espoir d’une meilleure qualité de vie pour les malades, des traitements excessivement coûteux risquent de rendre toutes ces découvertes encourageantes inutiles. Même si le système de santé français protège ses patients, les médecins à l’origine de l’appel craignent que cela ne dure pas. Ils ne veulent pas se rapprocher de la situation vécue par les États-Unis, qui vendent les médicaments contre le cancer deux fois plus cher qu’en Europe. Par exemple, le Glivec (qui aide à lutter contre la leucémie myéloïde chronique) coûte 7 500 euros par mois en Amérique, contre 3 000 euros en France.

Loin d’eux de vouloir pratiquer des rabais monstres sur le prix des médicaments : comme le déclare le professeur Vernant au Figaro, « Nous défendons l’idée qu’il faut payer le juste prix du médicament, mais aujourd’hui les industriels ne calculent plus leur prix sur la base des efforts en recherche et développement engagée, et d’ailleurs moins de 15 % du chiffre d’affaires va dans la R&D (recherche et développement) ». Effectivement, l’appel des 110 précise qu’auparavant l’industrie pharmaceutique adaptait le prix des médicaments « en fonction de l’investissement qu’elle avait consacré à la recherche et au développement ». Ce qui est, somme toute, logique. Mais le simple fait que le coût dédié à la recherche et au développement soit désormais aussi faible renverse cette tendance. Les prix continuent de monter en flèche. Ils ajoutent : « Par ailleurs ces nouveaux traitements bénéficient d’autorisations de mise sur le marché (AMM) très rapides, donc leur temps de développement est beaucoup plus court qu’auparavant. Ainsi, la charge de la R&D ne suffit pas à justifier les prix très élevés de ces nouveaux traitements. ».

Comment expliquer cette augmentation des prix ? Les médecins pointent du doigt le fait que « les prix des nouveaux traitements du cancer sont déterminés par l’idée que les industriels se font de ce que les marchés sont capables de supporter ». Et cette tendance à s’aligner sur ces marchés explique la différence de prix pour le même traitement qui peut exister en fonction des pays.

Des traitements très coûteux qui ont déjà eu des répercussions

Cette forte augmentation progressive des traitements contre le cancer a déjà eu des répercussions malheureuses. Par exemple, un des grands centres français spécialisés en cancérologie, le centre Léon Bérard à Lyon, ne peut plus accorder le médicament nécessaire au traitement de sarcomes rares parce qu’il est devenu trop cher, et qu’il n’est plus remboursé par l’Assurance-maladie.

Outre-manche, les anglais ont pris la décision de ne plus rembourser les traitements trop coûteux dont l’efficacité n’est pas assurée à 100 %.

Aux États-Unis, des millions de personnes ne peuvent pas bénéficier des nouveaux traitements à cause de l’absence d’assurance ou d’aide de l’État.

Des propositions concrètes

Les 110 médecins de l’appel lancé proposent « un système d’arbitrage des prix plus démocratique et plus transparent », en tenant compte du prix alloué à la recherche et développement, couplé à « un retour sur investissement raisonnable » (pour éviter des bénéfices trop importants récupérés par l’industrie). De plus, ils voudraient « ne plus accepter les extensions de durée des brevets que la rapidité du développement des nouvelles thérapeutiques ne justifie pas ». Des mesures concrètes que les 110 médecins de l’appel projettent déjà de communiquer sous forme de pétition.

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Noémie Koskas