Abdellatif Kechiche : Palme d’or de la tyrannie ?

La vie d'Adèle a été récompensé de la Palme d'Or au 66e Festival de Cannes. Une victoire teintée de vives critiques de la part des techniciens, qui décrivent le réalisateur Abdellatif Kechiche comme un véritable tyran.

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Abdellatif Kechiche, réalisateur de La vie d'Adèle ©Sipa

C’est ce qui s’appelle un succès en demi-teinte. Alors que le 66e Festival de Cannes a récompensé de la Palme d’or le film La vie d’Adèle, un communiqué des Syndicats de techniciens et ouvriers du cinéma et de l’audiovisuel du Nord-Pas-de-Calais a quelque peu terni l’image de Abdellatif Kechiche.

Quelques jours avant la remise des prix, le public apprenait, à travers ce communiqué, que le réalisateur n’avait pas été des plus tendres avec ses équipes. « Nos collègues ayant travaillé sur ce film nous ont rapporté des faits révoltants et inacceptables », expliquent les syndicats. « La majorité d’entre eux, initialement motivés, à la fois par leur métier et le projet du film, en sont revenus écœurés, voire déprimés. » Certains techniciens auraient même « abandonné » leur poste car ils étaient « exténués » ou « poussés à bout par la production ». Enfin, le communiqué nous apprend que le personnel aurait été « usé moralement par des comportements qui, dans d’autres secteurs d’activité, révèleraient sans ambiguïté du harcèlement moral ».

La vie d’Adèle : l’enfer des techniciens

Afin d’illustrer concrètement les conditions de travail des techniciens sur le tournage du film La vie d’Adèle, le syndicat Spiac-CGT a recueilli plusieurs témoignages. On apprend alors que certains employés travaillaient 16 heures par jour pour 8 heures déclarées et que d’autres travaillaient le samedi sans être payés. Le syndicat explique également qu’il y a régulièrement eu des « convocations par téléphone pendant les jours de repos ou pendant la nuit » et « des modifications du plan de travail au jour le jour. » De plus, « les gens ne savaient le vendredi soir s’ils allaient travailler ou non le samedi et le dimanche suivant ». Enfin, les techniciens se sont plaints de ne pas avoir « été invités à la projection ».

Une équipe « effacée » du film

Dans un article publié dans Le Monde, certains plaignants témoignent : « Il paraît, aussi, qu’il n’y a pas de générique de fin. C’est comme si nos noms avaient été effacés, on n’existe plus ! » « Il y a eu un mépris pour les conditions de travail, pour le repos de l’équipe et sa vie privée, je n’ai jamais vu ça », s’indignent-ils.

Des revendications qui n’ont pas empêché Steven Spielberg et son jury de consacrer le film d’Abdellatif Kechiche ce dimanche 26 mai à Cannes. La vie d’Adèle, considéré comme un long-métrage « coup de poing » par la critique, raconte l’histoire d’amour naissante entre deux jeunes femmes, interprétées par Léa Seydoux et Adele Exarchopoulos. Un sujet qui n’est pas sans rappeler l’actualité puisqu’hier encore, des centaines de milliers d’opposants au mariage pour tous ont manifesté à Paris. Cependant, Steven Spielberg a assuré que « ce [n’était] pas la politique qui [les avait] influencés mais le film ».

Mathilde Bourge