Affaire Servier : les coulisses du « Merdiator »

Dans le cadre de l’instruction parisienne liée à l’affaire du Mediator, des visiteurs médicaux ont été interrogés. Muriel, qui a travaillé 10 ans au sein du groupe Servier, a raconté aux enquêteurs les méthodes de recrutement …édifiantes.

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Affaire Servier : les coulisses du "Merdiator" ©Sipa

Une dizaine de visiteurs médicaux travaillant pour le laboratoire Servier ont été entendus par les gendarmes dans le cadre de l’affaire du Mediator. Le Figaro, qui a pu se procurer le procès verbal d’un des témoins, révèle aujourd’hui des pratiques… édifiantes. Muriel, 52 ans, qui pendant plusieurs années faisait la promotion du Mediator auprès des médecins, s’est livrée aux enquêteurs sur ses 10 années passées dans le groupe. Pour elle, ce n’est « pas une surprise que le groupe Servier se soit fait épingler car nous avions toujours des produits qui étaient meilleurs que les autres en se basant sur des études animales ou sur des études avec des arguments sans réelle valeur ». Lorsqu’on lui propose de vendre le Mediator, elle n’est pas très enchantée : « j’avais déjà un a priori car ce médicament était appelé le « Merdiator » chez Servier. C’est lors de la formation sur le Mediator, que j’ai pris conscience qu’on me faisait dire sûrement n’importe quoi ». Mécontente de « dire des choses sans aucun sens », elle décide donc de quitter le groupe.

Des blondes aux yeux bleus étaient recrutées pour vendre le Médiator

Dans ses révélations, Muriel revient notamment sur les critères de recrutement des visiteuses médicales de Servier : « Dans le réseau Servier, les belles filles, les blondes aux yeux bleus comme moi étaient plus facilement recrutées. Les médecins connaissaient les techniques de recrutement de Servier sur les critères physiques ». Aussi, elle souligne que même une formation était dispensée sur la tenue et la façon de se tenir. Certaines se faisaient même contrôler la longueur de leur jupe. Muriel se livre à une dernière confession qui montre bien que les visiteuses médicales étaient sous pression permanente : « un directeur général nous a même dit un jour en réunion que nous devions être premiers ce mois-là et nous a dit « quitte à passer sous la table les filles, il faut y arriver » ».

A l’époque déjà on le surnommait le « Merdiator »

Alors que tous les coupes-faim ont été retiré du marché en 2000, le Mediator a continué d’être commercialisé, Servier assurant qu’il s’agissait d’un antidiabétique. A l’époque déjà, ce médicament était surnommé le « Merdiator », d’après Muriel. L’ex-employée accuse le laboratoire d’avoir menti : il « ne nous a jamais fait passer ce caractère anorexigène du médiator ». Toutefois, les anciens visiteurs médicaux avaient conscience que c’était un coupe-faim. Selon eux, le Mediator serait « ressorti du tiroir », au moment où l’Isoméride, un coupe-faim de Servier, fut retiré du marché en 1997. A partir de ce moment-là, il était interdit de parler des propriétés coupe-faim du Mediator.

Laura Gerhard