Agression de Clément : au fait, c’est quoi un skinhead ?

Le jeune militant d'extrême-gauche Clément Méric, 18 ans, a été frappé à mort, hier soir, par un groupe de skinheads. Qui se cachent derrière ces jeunes au crâne rasé ? Quelles sont leurs idées ? L'historien et politologue Stéphane François nous éclaire sur cette mouvance radicale.

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on estime la mouvance skin à environ 2000/3000 personnes en France ©Sipa

Il avait 18 ans, étudiait à Sciences Po et était membre ou au moins proche de mouvements d’extrême-gauche. Le jeune Brestois Clément Méric est mort, hier soir, lors d’une altercation avec des jeunes skinheads dans le quartier de Saint-Lazare à Paris. Un coup de poing d’une violence inouïe l’aurait projeté contre un poteau métallique. Il a été déclaré en état de mort cérébrale quelques heures plus tard, à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière.

Les témoins de l’agression l’affirment :  les jeunes qui s’en sont pris à Clément avaient le crâne rasé, portaient des blousons en cuir, des tatouages dans le cou (dont une croix gammée). Une description proche de l’image qu’on se fait des skinheads. Mais au fait, d’où vient ce mouvement et comment devient-on « skin » ? Stéphane François, historien des idées, enseignant à l’IPAG de Valenciennes, et chercheur rattaché au GSRL et à l’IDPSP, nous éclaire sur cette jeunesse radicale.

Qu’appelle-t-on le mouvement skinhead ? Où et quand est-il né ?

Stéphane François : Sous l’appellation « Skinhead », nous avons plusieurs mouvements, qui ont tous en commun d’avoir des membres au cheveu très court ou au crâne rasé (d’où leur nom). C’est un mouvement à la fois musical et vestimentaire. Le mouvement skinhead est apparu en Grande-Bretagne à la fin des années 1960, dans un milieu plutôt populaire, amateur de Reggae et de Ska. Il s’est diversifié à la fin des années 1970, avec l’apparition des « roots », ceux qui restent attachés à la culture skins originale (reggae et ska), des « redskins » et des « boneheads », connus pour leurs violences racistes.

Un skinhead est-il forcément un activiste d’extrême-droite ?

S. F. : Pas forcément. Dans l’imaginaire collectif, le skinhead renvoie forcément au « bonehead » (synonyme de crétin en argot anglais) néonazis. Pourtant, il y a des skinheads apolitiques, voire d’extrême gauche, les « redskins ». Chaque tendance se considérant d’ailleurs comme l’authentique.

Quelles « grandes » idées soutiennent-ils ?

S. F. : Tout dépend de quelle mouvance on parle. S’il s’agit des skinheads d’extrême droite, il s’agit d’un discours à la fois anticapitaliste, ultranationaliste, xénophobe, raciste, nostalgique du Troisième Reich, antisémite… Ils sont surtout connus pour leur idéologie sommaire et leur violence physique. Ce sont ouvertement des nostalgiques du national-socialisme et du « socialisme » des SA.

Il se dégage une violence extrême de cette jeunesse. Comment l’expliquer ?

S. F. : D’un point de vue psychologique, il s’agit d’ « hommes de violence » qui n’existent que dans l’affrontement avec l’Autre, qui n’est vu que comme un ennemi. Ils sont dans l’affrontement permanent.

Qui sont les jeunes skinheads aujourd’hui en France ? Peut-on définir un profil-type ?

S. F. : On les trouve plutôt en région parisienne, en Picardie, dans le Nord-Pas-de-Calais, dans le Lyonnais… Les membres de cette mouvance viennent plutôt de familles précarisées, monoparentales, d’un milieu populaire/ouvrier. Grosso modo, on estime la mouvance skin à environ 2000/3000 personnes en France, mais les éléments radicalisés sont plutôt estimés à quelques centaines.

Julie Toury