Air France : Bercy ne validera pas la prime de Pierre-Henri Gourgeon

Pierre Moscovici et Arnaud Montebourg ont enjoint le représentant de l’état à l’assemblée générale d'Air France de ne pas valider la prime de non-concurrence de 400 000€ prévue pour l’ancien directeur Pierre-Henri Gourgeon.

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Jamais une assemblée générale d’Air France n’avait fait si grand bruit. L’entreprise, en proie à certaines difficultés financières, envisage de verser une prime de non-concurrence de 400 000 euros à son ancien président Pierre-Henri Gourgeon. Si les 400 000 euros sont déjà une belle somme, il faut savoir que l’indemnité totale de l’ancien directeur s’élève à 1 400 000 euros. De quoi attendre 3 ans, le temps de la clause de non-concurrence, pour trouver un poste similaire si Pierre-Henri Gourgeon en avait envie.

L’indemnité versée par Air France largement condamnée par Bercy

L’Etat est actionnaire à 15% de la compagnie aérienne. C’est à ce titre qu’il pourra voter pour ou contre le versement des 400 000 euros à l’ancien PDG. Cependant cette prime correspond à ce que souhaite combattre le gouvernement lorsqu’il évoque les modérations salariales.

François Hollande en avait fait un argument fort de sa campagne : il veut lutter contre les parachutes dorés en incitant à la modération salariale et à des comportements décents de la part des grands patrons. Validée par l’ancien gouvernement, cette prime est largement condamnée par le gouvernement Ayrault.

L’assemblée générale d’Air France doit se tenir jeudi, reste à savoir si le message du gouvernement sera entendu.

Le syndicat Unsa avait révélé l’indemnité versée par Air France a son ex-PDG

La semaine dernière, le syndicat aérien Unsa avait demandé à l’ensemble des actionnaires, des salariés et même à l’Etat de s’opposer au versement de cette prime. Le versement de ces 400 000 euros semble incroyable lorsque l’on sait les difficultés financières de l’entreprise. De plus, les rumeurs de plan social vont déjà bon train.

Air France avait alors été dans l’obligation d’expliquer, par écrit, que la prime avait déjà été versée et que les actionnaires ne pouvaient si opposer car cette pratique découlait des obligations et usages.

Le PDG avait été forcé de quitter la société en octobre 2011 car il n’était pas parvenu à redresser la société. Il percevait un salaire annuel de 750 000 euros à laquelle s’ajoutait une part variable d’environ 263 000 euros. Lors de son départ, il lui a été versé par Air France une indemnité de 1 125 000 euros plus les 400 000 euros en contrapartie de la non-concurrence.

Air France devrait avoir un comportement plus exemplaire

Laurence Parisot, présidente du Medef, a affirmé que cette indemnité ressemblait à un parachute doré (prime de départ importante) déguisé et que cela n’était pas conforme au code du Medef. Elle a, par ailleurs, prescrit aux actionnaires de faire respecter le code en ne validant pas cette clause. Pour rappel, une entreprise en situation de difficulté ne doit pas verser de prime de départ importante à son ancien dirigeant.

François Hollande a promis de fixer des rémunérations pour les patrons des grandes entreprises publiques allant de 1 à 20 des rémunérations. Cela reste flou car la base de calcul n’est pas encore connue. Cela devrait limiter les salaires, souvent exorbitants, des grands patrons. Ce mouvement a été confirmé par son Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, qui a annoncé qu’un décret serait certainement bientôt pris et qu’il concernait même les contrats en cours.

Anne-Ségolène Brun