Alcool : plus jeune tu commenceras, plus accro tu seras

Selon une étude menée par des chercheurs de l’Inserm, consommer régulièrement de l’alcool et avec excès de façon précoce augmenterait le risque de dépendance à l’âge adulte.

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Les jeunes exposés aux substances alcoolisées entre 13 et 16 ans ont deux fois plus de risque de devenir dépendants à l’alcool que ceux qui en consomment plus tardivement, entre 17 et 21 ans. ©ThinkStock

Le « binge drinking » est à la mode chez les adolescents. Une tendance qui inquiète les autorités sanitaires. Une étude de l’Inserm publiée dans la revue Neuropharmacology révèle les dangers de la prise d’alcool excessive et régulière chez les jeunes. Elle favoriserait le risque de dépendance à l’âge adulte.

Plus on boit jeune, plus le risque de dépendance à l’alcool est élevé

Pour parvenir à de tels résultats, les scientifiques ont effectué différents tests sur des jeunes rats, dans le cadre du projet européen Alcobinge. À plusieurs reprises, ils ont exposé les animaux à d’importantes doses d’alcool et ont ensuite observé leur rapport à la boisson une fois adulte. Bilan : les rongeurs ayant connu de façon répétée un état d’ivresse alcoolique dans leur jeunesse présentaient une sorte de dépendance à l’alcool, ne pouvant maîtriser leur consommation.

« On s’est aperçu [qu’ils] perdaient littéralement le contrôle sur leur consommation d’alcool et étaient capables de consommer (…) 5 à 6 grammes par kilo de poids, ce qui est énorme », constate dans la revue Neuropharmacology Mickaël Naassila, directeur de l’équipe Inserm ERI 24 (groupe de recherche sur l’alcool et les pharmacodépendances) et à l’origine de cette étude.

Boire dès l’adolescence entraîne des modifications du cerveau

Comment expliquer un tel phénomène ? « Les intoxications alcooliques répétées à l’adolescence, alors que le cerveau n’a pas fini sa maturation, entraînent une perte de contrôle de la consommation d’alcool à l’âge adulte, et provoquent des modifications neurologiques à long terme », détaille Pr Naassila.

En effet, la prise démesurée et régulière de substances alcoolisées durant l’adolescence entraîne des changements au niveau d’une sous-région du cerveau, appelée le noyau accumbens. Or, c’est cette partie qui contrôle le comportement addictif. Conséquence : les témoins exposés à l’alcool étant jeunes ont vu leur noyau accumbens devenir moins réactif, sur le long terme, à une exposition à l’alcool.

Ainsi, les jeunes exposés aux substances alcoolisées entre 13 et 16 ans ont deux fois plus de risque de devenir dépendants à l’alcool que ceux qui en consomment plus tardivement, entre 17 et 21 ans. L’équipe de chercheurs va tenter, dans un second temps, d’analyser les effets du « binge drinking » sur les capacités d’apprentissage et de mémorisation.

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Cécile David