Alcoolisme : un appel lancé en faveur du baclofène

Trente-deux personnalités viennent de publier un appel pour que le baclofène soit autorisé en France. Ce médicament permet de traiter l’alcoolisme mais reste officiellement interdit en France pour une telle indication.

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Le baclofène serait un traitement efficace contre la dépendance à l’alcool. Actuellement, il est interdit en France pour cette indication. - Image d'illustration ©ThinkStock

« Plus de cent morts par jours, ça suffit ! »*. C’est le coup de gueule de trente-deux personnalités (médecins, élus, éditeurs, etc.). Le 24 avril, ils ont publié un appel en faveur du baclofène, un traitement efficace contre la dépendance à l’alcool mais interdit en France pour cette indication.

Baclofène : vers une recommandation temporaire d’utilisation ?

« L’Agence nationale de sécurité du médicament doit donner une recommandation temporaire d’utilisation (RTU) du baclofène dans les plus brefs délais en attendant l’autorisation de mise sur le marché, précisent les signataires – parmi lesquels le Pr Didier Sicard, président d’honneur du Comité national d’éthique, et Bernard Debré, député UMP de la 4e circonscription de Paris. Il faut mettre un terme aussi rapidement que possible à ce retard aux conséquences graves pour les malades qui seraient sensibles au baclofène. »

> Avec une RTU, les médecins ont le droit de prescrire un médicament s’il n’existe pas de possibilité thérapeutique pour la pathologie concernée.

Des études démontrent l’efficacité du baclofène contre l’alcoolisme

Le baclofène est actuellement prescrit en cas de spasmes musculaires, notamment observés chez les personnes atteints de sclérose en plaques. Ses effets sur l’alcoolisme ont été détectés par le cardiologue Olivier Ameisen au début des années 2000. En 2004, il présente dans la presse scientifique « le succès thérapeutique obtenu par le baclofène à hautes doses sur sa dépendance à l’alcool », rappellent les auteurs de la pétition. Quatre ans plus tard paraît Le dernier verre (Denoël), dans lequel il revient sur cette découverte.

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« Depuis, plusieurs publications scientifiques ont rapporté les effets favorables de ce traitement sur de larges cohortes de patients, alors que les résultats par les autres méthodes thérapeutiques sont largement inférieurs », précise l’appel. Parmi elles, l’étude du Pr Philippe Jaury (université Paris-Descartes) et du Dr Renaud de Beaurepaire (Centre hospitalier Paul-Guiraud de Villejuif). Publiée en mars 2012 dans la revue Alcohol Alcoholism, elle démontre qu’il est possible de guérir de l’alcoolisme grâce au baclofène. Sur 132 patients particulièrement dépendants, 78 ont complètement arrêté leur consommation d’alcool, 23 sont devenus des buveurs modérés.

Baclofène : certains addictologues restent sceptiques

Des recherches supplémentaires seraient nécessaires puisque l’étude présentée ci-dessus, par exemple, ne mobilisait que des personnes volontaires et aucun groupe témoin n’avait été formé. De plus, il serait intéressant d’observer les effets sur le long terme, en suivant des patients traités avec le baclofène pendant cinq, dix, vingt ans.

Certains addictologues sont nuancés sur la question. Interrogé par Le Parisien en janvier 2012, Michel Lejoyeux, président de la Société française d’alcoologie, émet quelques réserves : « [Je me méfie] des pilules miracles qui n’ont pas fait l’objet d’études contrôlées. (…) Je suis convaincu qu’aucun traitement médicamenteux ne pourra jamais, à lui seul, traiter la dépendance alcoolique. Il faudra toujours y associer une approche relationnelle et psychothérapique. »

Baclofène : les médecins prennent des risques

De plus en plus de médecins prescrivent du baclofène à leurs patients touchés par l’alcoolisme. Une pratique risquée puisque le traitement ne bénéficie pas d’autorisation de mise sur le marché (AMM) pour cette indication. « Alors qu’il existe un médicament susceptible d’aider une large proportion des patients alcoolo-dépendants, les pouvoirs publics font preuve d’atermoiements et freinent la mise à la disposition de ce traitement pour tous ceux qui en auraient besoin », dénoncent les signataires.

> En attendant les conclusions d’études plus approfondies sur le sujet, l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps) a lancé un essai clinique sur 320 patients (projet annoncé en avril 2012). Les résultats de cette enquête devraient paraître à la fin de l’année 2013.

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* Chiffres non officiels

Damien Rigat