Anonymous : qui sont les pirates vengeurs de Megaupload ?

Suite à la fermeture du site Megaupload par la justice américaine, plusieurs sites ont été la cible d'attaques de pirates. Des pirates regroupés sous la bannière des Anonymous, les "anonymes" qui n'en sont pas à leur première action dans le militantisme "hacktif".

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Les Anonymous défilent dans la rue ©Sipa

Ils arborent volontiers le masque du personnage historique Guy Fawkes, héros de V for Vendetta, BD culte d’Alan Moore et David Lloyd adaptée au cinéma par les frères Wachowski (qui le produiront en 2006) quand ils apparaissent en public. Les Anonymous, collectif de pirates et de libertaires radicaux font trembler la toile pour de bonnes et parfois de moins bonnes raisons selon les points de vue. Cette nuit encore, après l’annonce de la fermeture du site de téléchargement Megaupload par la justice américaine, les Anonymous ont, en signe de protestation, frappé, bloquant les sites d’Universal Music, du FBI, du département de la justice américaine, d’Hadopi ou encore des industries US du disque (RIAA) et du cinéma (MPAA). Des pirates qui annoncent avoir mobilisé pour l’occasion 5000 personnes dans leur action ! Une action de grande ampleur qui n’est toutefois pas le principal fait d’arme des Anonymous ces derniers mois.

Anonymous : militants libertaires du net

En 2011, le groupe de hackers avait ainsi piraté le système PlayStation Network de Sony. Une fois encore, il s’agissait de représailles à l’égard du groupe japonais qui avait engagé une action en justice contre des hackers qui avaient réussi à contourner les systèmes anti-piratage de la console PlayStation 3. Dans un message adressé à Sony le groupe Anonymous déclarait « Félicitations Sony, Vous avez désormais la totale et entière attention des Anonymous. Votre récente action en justice contre nos confrères hackers, GeoHot et Graf_Chokoko, ne nous a pas seulement alarmés, elle a également été jugée complètement impardonnable. (…) Vous avez agressé vos propres clients simplement parce qu’ils possédaient et partageaient ces infos. Ce faisant, vous avez violé la vie privée de milliers d’entre eux. Des informations qu’ils voulaient communiquer au monde gratuitement. Les mêmes que vous voulez détruire pour préserver l’avidité de votre société et asseoir définitivement votre contrôle sur les utilisateurs. Maintenant, vous allez connaître la colère des Anonymous. »

Sony : dans le collimateur des Anonymous

Suite à cette opération le PlayStation Network  avait été fermé durant plusieurs jours et donc inaccessible. Les Anonymous « conscients de la gêne occasionnée » comme on l’entend souvent en temps de grève avaient alors suspendu leur action en présentant, aux utilisateurs et aux joueurs, leurs excuses tout en expliquant qu’ils n’étaient toutefois pas impliqués dans l’action ayant mené au vol des données personnelles et bancaires des utilisateurs du PSN, contraire à l’éthique du mouvement. Car le but officiel et annoncé de ce groupe de pirates est politique au sens noble du terme : promouvoir et défendre la liberté sur internet alors que le web est chaque jour plus assujetti à toutes les formes de contrôles et de traçages. Les Anonymous se définissent comme des « hacktivistes » contraction de hacker (pirate) et activiste, des internautes engagés et militants. Un engagement qu’on retrouve dans certaines actions menées officiellement par le groupe, même si on peut parfois douter de la véracité de l’opération ou de l’implication du mouvement.

Anonymous : brigands ou Robins des bois ?

En 2011, Anonymous avait ainsi lancé l’opération « pay back » en réponse à la fermeture du site de Julian Assange Wikileaks par le gouvernement américain, considérant qu’il s’agissait là d’une atteinte à la liberté d’expression. Dans la foulée, les sites d’Amazon, de Visa, Master Card et PayPal avaient subi des attaques informatiques. En 2011 encore, le groupe aurait dénoncé 1589 pédophiles en piratant et récupérant les coordonnées des visiteurs du site Lolita City spécialisé dans la pornographie infantile. Entre 2010 et 2011 les hackers auraient attaqué aussi à des sites officiels de pays dans lesquels la liberté d’expression est réprimées : ils seraient ainsi intervenu en Libye, en Tunisie, en Jordanie ou au Yémen. Mieux encore, en fin d’année dernière, Anonymous affirmait avoir piraté le cabinet américain privé de renseignements Stratfor pour cette fois-ci dérober des numéros de cartes de crédit (90 000 a priori) pour ensuite procéder à des « dons » à des organisations caritatives… Ils auraient ainsi soi-disant redistribué 1 million de dollars publiant sur Twitter les photos des preuves de virements. La rumeur voulait aussi que ces militants high-tech s’attaque à Facebook et fassent tomber le réseau social qui exploite les données personnelles de ses utilisateurs à des fins commerciales. Si l’on écoute tous les bruits qui circulent, Anonymous s’attaquerait aussi aux cartels de la drogue au Mexique.

L’histoire est belle, presque trop alors que le groupe des Anonymous n’est pas clairement identifié ni même forcément identifiable et que le conditionnel est souvent de rigueur lorsqu’il s’agit de relater leurs « exploits ». Plus qu’une organisation, Anonymous est une aspiration et par conséquent l’objet de toutes les rumeurs et de tous les fantasmes.

« We are Anonymous, we are legion. We do not forgive. We do not forget. Expect us. »

Qui sont ces  « hacktivistes » à la fois pirates, hors la loi, altermondialistes, libertaires et héros pour certains… Sans qu’on puisse clairement identifier dans ce réseau une véritable organisation. Les mouvements parfois coordonnés font suite à des annonces sur Twitter alors que certains ordinateurs peuvent être utilisés à l’insu de leur propriétaire pour participer à des attaques de grande ampleur… Les Anonymous font parfois trembler la toile tout en posant des questions fondamentales sur la liberté d’expression et sur l’utilisation faite par les gouvernements ou les entreprises des milliards de données disponibles sur la toile. La fin de justifie pas forcément les moyens mais on aime penser que les intentions derrières ces masques de Fawkes sont bonnes. Que quelque part les Anonymous servent certes leur propre cause, mais que celle-ci est aussi un peu la nôtre. Les héros se font rares, et on aimerait croire que ces hackers peuvent aussi être parfois un électrochoc salvateur.

La Rédaction