Auschwitz : qu’est-ce que la marche de la mort ?

Le 27 janvier 1945, le camp de concentration d'Auschwitz est libéré par l'armée soviétique. Neuf jours plus tôt, les SS évacuaient 60 000 déportés vers d'autres camps alors que les alliés approchaient. La « marche de la mort » commençait.

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Serge Smulevic, l'un des survivants d'Auschwitz, compare la marche de la mort à un « gigantesque mollusque ». - crédit photo : Tim Rooke - REX - Sipa ©ShutterStock

C’était il y a 70 ans. Le 27 janvier 1945, les troupes soviétiques parviennent à libérer le camp d’extermination d’Auschwitz, en Pologne, un lieu devenu le symbole de la barbarie nazie. 7 000 personnes flirtant avec la mort sont retrouvées. Aujourd’hui, le monde se souvient.

À l’occasion de cette commémoration, nous avons décidé de revenir sur un épisode sombre de cette période, un événement survenu quelques jours avant la libération. Le 18 janvier 1945, alors que les alliés se rapprochent d’Auschwitz, 60 000 déportés sont évacués de force et envoyés à la hâte vers d’autres camps de concentration, comme Buchenwald et Dachau. C’est le début de la marche de la mort.

La marche de la mort : les SS tiraient sur les plus affaiblis

Vêtus d’un simple pyjama rayé, certains déportés font intégralement ou en partie le chemin à pied. D’autres sont placés dans des wagons ouverts. C’est l’hiver. Le temps est glacial. Nombre d’entre eux meurent de froid avant d’arriver à destination.

Quelques survivants sont revenus des années plus tard sur cette marche macabre. Leurs récits décrivent la faim et la soif, les maladies qui se propageaient d’individu en individu et le comportement de leurs bourreaux, qui n’hésitaient pas à frapper à coups de bâton les retardataires ou à descendre les plus affaiblis pour éviter de ralentir le groupe.

La marche de la mort : « Dès qu’ils tombaient, [ils] mouraient de froid »

Simone Veil a vécu cet instant terrible. Le convoi dont elle fait partie se dirige vers Gliwice, une ville qui se trouve à plus de 60 kilomètres d’Auschwitz. Seule la moitié des prisonniers rejoindra le camp. Dans une interview accordée à France 2 en 1995, elle fait revenir à la surface ce souvenir douloureux.

Elle se souvient de tous ceux, à pied, qui « dès qu’ils tombaient, mouraient de froid » et du trajet en train, relevant presque de la torture. « Je crois qu’il y a eu encore beaucoup plus de gens qui sont morts dans les wagons, les wagons ouverts dans lesquels nous avons circulé durant plusieurs jours, sans avoir pour la plupart ni à manger ni à boire sauf la neige, (…) quand les SS voulaient bien [en mettre] dans les gamelles que nous avions ».

Elle décrit aussi ce sentiment paradoxal qu’ils ressentaient, ce mélange d’espoir – ils savaient que les Soviétiques approchaient – et de crainte : seront-ils exterminés juste avant la libération ?

À l’arrivée, « la moitié des wagons était constituée de cadavres »

Dans cette même émission, le résistant Henri Krasucki raconte lui aussi l’horreur de ces marches et la terrible épreuve qui les attend en descendant à Buchenwald (voir vidéo en fin d’article). « Quand on a ouvert les portes des wagons, la moitié était constituée de cadavres. Et il nous a fallu, à nous, qui tenions à peine debout, contribuer à décharger ces wagons de cadavres. »

La marche de la mort, un « gigantesque mollusque »

D’autres rescapés sont passés par l’écrit pour décrire leurs impressions. L’un d’eux, Serge Smulevic, compare dans un texte aussi poignant que poétique sa marche de la mort à un « gigantesque mollusque ».

« Il fait très froid et une neige très fine tombe depuis des heures.
La nuit a déjà entamé son cycle.
Le gigantesque mollusque est formé d’anneaux bleus et blancs. Il est entouré de part et d’autre par des petites bêtes vertes, appelées SS, qui se déplacent sur le même rythme que lui et qui surveillent les neuf mille anneaux.
Il règne un silence mystérieux et angoissant. »

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L’ancien déporté Henri Krasucki décrit la marche de la mort :


© Ina

Cécile David