Bébé : limiter les lipides augmente le risque d’obésité

Selon une étude de l’Inserm, priver un bébé de lipides augmenterait le risque de surpoids à l’âge adulte.

0
1645
La réduction des apports en lipides chez l’enfant s’est accompagnée d’une hausse de l’obésité. Un comble puisque c’est l’effet inverse qui est recherché par les parents. Crédit photo : Anna Omelchenko ©Fotolia

Facteurs d’obésité et de diabète à l’âge adulte, les lipides font peur. À tel point que certains parents se persuadent qu’il est préférable pour leur enfant d’en consommer le moins possible. Une erreur, assurent les auteurs d’une étude publiée fin novembre par l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm).

Lipides : un bébé ne devrait pas s’en priver

La restriction de graisses ne devrait pas concerner les jeunes enfants, expliquent les chercheurs. Selon leurs observations, les enfants dont les apports en graisse sont trop faibles avant l’âge de deux ans ont davantage de risques d’être concernés par un surpoids une fois adultes.

Pour mener à bien cette étude, un groupe d’enfants nés entre 1984 et 1985 a été suivi jusqu’à l’âge adulte. Les apports nutritionnels de chaque témoins ont été relevés à 10 mois et à deux ans, puis tous les deux ans jusqu’à 20 ans, âge auquel ont été mesurés : la composition corporelle, la graisse sous cutanée (plis cutanés) et le taux de leptine (hormone qui contrôle la sensation de satiété).

Bilan : la masse grasse au niveau abdominal était supérieure chez les individus ayant consommé très peu de lipides au début de leur vie que chez les autres témoins. De plus, leur taux de leptine était au-dessus de la moyenne, synonyme d’une résistance à l’hormone. Ce même constat est observé chez les personnes souffrant d’obésité. Avant de tirer ces conclusions, l’équipe de chercheurs a pris soin, au préalable, de prendre en compte les critères pouvant fausser les résultats, comme l’origine socio-professionnelle de la famille.

Lipides : ils devraient représenter 50 % des apports quotidiens jusqu’à 6 mois

« Ces résultats ne sont pas surprenants, déclare à l’International journal of obesity (édition du 13 novembre) Marie-Françoise Rolland-Cachera, l’un des auteurs de l’étude. « Au cours de cette période précoce, l’organisme s’adapte pour prévoir l’environnement à venir. En cas de régime pauvre en lipides, le métabolisme sera programmé pour faire face aux déficits et ne sera pas préparé à faire face à des apports élevés en lipides ultérieurement ». La réduction des apports en lipides chez l’enfant depuis une dizaine d’année s’est ainsi accompagnée d’une hausse de l’obésité générale. Un comble puisque c’est l’effet inverse qui était recherché par les parents.

Lire aussi : Nutrition, tout sur les produits laitiers

Dans le groupe observé par l’Inserm, 36 % des enfants de 10 mois consommaient, par exemple, du lait de vache demi-écrémé. Ils étaient 67 % à deux ans. « Avec ces habitudes de consommation, les apports en lipides ne dépassaient pas les 30 % des apports quotidiens chez un grand nombre de jeunes enfants, alors que selon les recommandations officielles comme celles de la FAO (Food and Agriculture Organization), ils doivent être d’au moins 50 % jusqu’à 6 mois et décroître progressivement jusqu’à 35 % à l’âge de deux ans », explique M-F Rollant-Cachera. Elle rappelle, par ailleurs, que le lait maternel contient environ 55 % de lipides.

Cécile David