Bien entendre à tout âge

Musique, transports, travaux… à tout âge, nos oreilles sont mises à rude épreuve. Pour éviter de passer par la case surdité, même relative, il faut en prendre soin.

0
1505
Afin de préserver son audition, le niveau sonore de la musique écoutée via des écouteurs ou un casque ne doit pas dépasser les 80 décibels. - crédit photo : Eugenio Marongiu ©ShutterStock

– Avec notre experte le Docteur Mireille Tardy, médecin ORL phoniatre, administratrice et membre du comité scientifique de l’association Journée nationale de l’audition. –

Concerts, MP3, utilisation excessive du coton tige… Certaines activités et habitudes favorisent le développement de troubles de l’audition. Voici quelques conseils pour prendre soin de ses oreilles à tout âge.

Nouveau-nés : dépistage auditif obligatoire

Le dépistage auditif à la maternité est obligatoire depuis avril 2012. Deux techniques sont possibles : l’oto-émission acoustique qui fait passer dans le conduit auditif une petite sonde émettant des sons ou le potentiel évoqué automatisé qui enregistre ce qui se passe sur le plan auditif chez le nouveau-né à 40 décibels. Le taux de surdité à cette période de la vie est 0,8 pour 1000. Ce n’est que plus tard que l’on teste l’acuité auditive à 10 ou 20 décibels.

Si des difficultés apparaissent, il faut en parler au pédiatre ou au médecin généraliste. Dans tous les cas, il faut faire attention à la toilette de bébé. Pas de coton-tige qui repousse le cérumen nécessaire à la protection du tympan. L’idéal est d’utiliser un coin de serviette pour éliminer la cire à l’extérieur de l’oreille. Les sprays vendus à cet effet sont aussi à bannir.

Jeunes enfants : attention aux otites

Il faut être attentif à l’enfant de 0 à 3 ans qui se montre trop sage. S’il ne se réveille pas lorsque l’on entre dans sa chambre ou lorsque son environnement est bruyant, il faut consulter un médecin généraliste ou un pédiatre qui peut commander un contrôle audiométrique. Et d’autant plus si l’enfant a une voix éraillée. Ceci est important parce que l’enfant peut présenter des difficultés d’audition liées à une otite à tympans fermés, absolument pas douloureuse, ou à un reflux stomacal qui remonte jusqu’aux oreilles. Dans les deux cas, il faut soigner la cause de cette surdité temporaire.

Enfants en âge de parler : alerte aux comportements turbulents

Les enfants de 3 à 10 ans sont en âge de parler correctement. Si toutefois le langage ne se développe pas correctement, s’il n’est pas bien formé ou pauvre, il faut consulter. Une surdité légère peut se cacher derrière cette déficience de langage. Une déficience qui se traduit aussi par des troubles de comportement. S’ils sont agités, obstinés, têtus ou capricieux, c’est peut-être qu’ils réagissent peu ou pas à certains sons de la voix. Ils comprennent les aigus et pas les graves, par exemple.

Devant ces troubles du comportement, les parents ont malheureusement, par manque d’information, tendance à consulter un psychothérapeute plutôt qu’un ORL. Une erreur qui pénalise l’enfant et l’enferme dans sa surdité.

Collégiens : les dégâts des MP3 sur les oreilles

À partir de 10 ans, les enfants sont capables d’exprimer le fait qu’ils entendent mal. Mais ils ont tendance à en imputer la responsabilité au professeur qui articule mal ou au groupe de copains qui parlent entre eux.

Si l’enfant subitement ne réagit plus à ce qui le faisait réagir auparavant, c’est peut-être lié à une surdité brutale qui s’explique par une maladie, une maladie génétique ou un accident. Bien plus souvent, elle est consécutive à un rhume ou une otite mal soignés, mais aussi à des comportements à risques. Normalement, les baladeurs et appareils de lecture MP3 ont des oreillettes bloquées à 100 décibels maximum. Mais les adolescents ont tendance à débrayer ce seuil et à se procurer des casques plus puissants. Or, pour ne pas agresser les oreilles, ils ne devraient pas les soumettre à des sons d’une puissance supérieure à 80 décibels, ou en tout cas, pas longtemps.

Lycéens et audition : la boîte à bannir

Il faut sensibiliser les lycéens sur le fait que les cellules auditives sont les seules cellules de l’organisme qui ne se régénèrent pas. Une fois endommagées, elles le restent. Rien de tel pour créer des lésions que d’aller en boîte. En théorie, la puissance de la musique en boîte est plafonnée à 105 décibels, mais en théorie seulement. Il faut donc réussir à convaincre les grands ados de porter des bouchons de type boules Quies. Plus facile à dire qu’à faire.

Autre zone à risques : les concerts. Là encore, les bouchons sont de mise. On voit de plus en plus de jeunes qui adoptent ce comportement lors de concerts car les campagnes de sensibilisation ciblées portent leurs fruits.

Adultes au travail : du chantier à l’open space

La loi oblige les employeurs et la médecine du travail à contraindre les ouvriers à porter des casques interactifs (qui permettent de communiquer avec leurs collègues) ou des bouchons à partir de 85 décibels. Et ce, que ce soit dans les usines bruyantes ou sur des chantiers en bâtiments, en voirie, etc. La visite médicale de ce public passe toujours par une audiométrie.

Malheureusement, trop nombreux encore sont les ouvriers qui ne respectent pas les consignes de santé publique et exposent durablement leur audition. En open space aussi, les employés peuvent souffrir du bruit. Sans être lésants, les bruits d’ordinateurs, de climatisations, etc., peuvent être gênants et générer des acouphènes, une hyperacousie ou d’autres troubles comme des problèmes de concentration, des troubles digestifs ou du rythme cardiaque !

Les seniors : une baisse progressive de l’audition

À partir de 60 ans, le risque de presbyacousie existe. Il s’agit d’une baisse progressive de l’audition, notamment des fréquences aiguës. Résultat : des difficultés à suivre des discussions en groupe, à bien discerner toutes les notes de musique. Pour prévenir une éventuelle aggravation, il faut se faire appareiller dès les premiers symptômes. Il existe aujourd’hui des petits bijoux de technologie qui se voient à peine.

Attention aussi aux polypathologies. Il faut bien soigner le diabète, l’hypertension et l’hypercholestérolémie car ce sont des facteurs aggravants de la perte d’audition ! Consulter un orthophoniste est une des solutions. Ce dernier permet d’apprendre à lire sur les lèvres afin d’aider à maintenir une vie sociale plus agréable.

Lire aussi :

Troubles auditifs : les jeunes n’ont pas les bons réflexes

16 millions de Français souffrent d’acouphènes

Alexandra Da Rocha