Charlie Hebdo : les kiosques, déjà vides ?

Il n'est pas encore 8 heures et déjà, Charlie Hebdo se fait rare. De nombreux kiosques français sont en rupture de stock. Centrée sur le prophète Mahomet, la Une irrévérencieuse du journal nous prouve que l'esprit « Charlie » est toujours bien vivant.

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Le numéro de Charlie Hebdo daté du 14 janvier 2015 va être tiré à 3 millions d'exemplaire au lieu de 60 000 habituellement. ©DR

6 heures du matin. « Si vous venez pour Charlie, je ne l’ai pas encore », nous lance un kiosquier parisien (10e) en nous voyant avancer. Mauvaise pioche. Il conseille de revenir plutôt demain. « J’en recevrai un peu plus qu’aujourd’hui. Et vendredi aussi. » Devant un autre kiosque à journaux, dans le 17e, quatre personnes font la queue. Il est 6h20. L’homme en tête de file se retourne et nous fait comprendre par une grimace qu’il est déjà trop tard. On s’approche du vendeur. « J’ai reçu 45 Charlie Hebdo ce matin et j’ai déjà 93 commandes [de clients fidèles] », nous explique-t-il, désolé, en faisant la moue. Lui aussi recommande aux lecteurs de retenter le coup demain « ou samedi, ce sera plus calme samedi ».

Charlie Hebdo : 400 noms sur une liste d’attente dans un kiosque breton

Dans un kiosque parisien du 20e arrondissement, 125 exemplaires ont été vendus en moins de dix minutes, annonce sur Twitter une journaliste de l’Obs aux alentours de 6h40. Et le scénario se répète un peu partout dans la capitale, comme nous le prouve les publications de certains internautes sur les réseaux sociaux (voir photo en fin d’article). Mais aussi dans les autres villes françaises. « J’ai 400 noms sur la liste [d’attente] alors que je vais n’avoir que 17 Charlie Hebdo », indique à Ouest France la responsable d’un bureau de tabac-presse vannetais.

Une semaine après l’attaque terroriste ayant pris pour cible la rédaction du titre satirique, l’hebdomadaire daté du 14 janvier 2015 va être tiré à 3 millions d’exemplaires au lieu de 60 000 habituellement. Le « journal des survivants » sera distribué dans 25 pays. Un numéro historique déjà difficile à se procurer, tant les intéressés sont nombreux.

Un dessin de Une irrévérencieux, fidèle à l’esprit de Charlie

En Une du journal, le caricaturiste Luz a croqué Mahomet en train de verser une larme, une pancarte « Je suis Charlie » dans les mains. Une provocation de plus pour certains. En Égypte, Al-Azhar – principale autorité de l’islam sunnite – pense que la publication de nouveaux dessins du prophète va « attiser la haine ». Ce type d’image « ne sert pas la coexistence pacifique entre les peuples et entrave l’intégration des musulmans dans les sociétés européennes et occidentales », regrette-t-il dans un communiqué.

D’autres représentants de l’islam, au contraire, acceptent l’initiative du journal. C’est le cas d’Abdelali Mamoun. L’imam d’Alfortville (Val-de-Marne) avoue être « en désaccord » avec ce genre de caricatures mais estime que « c’est le sacrifice à faire pour pouvoir garantir ce qui est plus sacré que le prophète : la liberté de conscience » (L’Obs). Un appel à la tolérance lancé par de nombreux imams en France.

« On ne cédera rien, sinon tout ça n’aura pas eu de sens », a prévenu lundi Me Richard Malka, l’avocat du journal. « Dans chaque numéro de Charlie Hebdo depuis vingt-deux ans, il n’y en a pas un où il n’y ait pas de caricatures du pape, de Jésus, de curés, ou de rabbins, d’imams et de Mahomet. (…) L’étonnant serait qu’il n’y ait pas de dessins de Mahomet dans ce numéro. »

Dans une conférence de presse qui s’est tenue hier, mardi 13 janvier, Luz est revenu sur l’histoire de son dessin déjà controversé. « J’avais l’idée de dessiner mon personnage de Mahomet qui avait tant fait jaser. Ce personnage qui nous a valu d’être brûlé, d’être traité de provocateurs irresponsables. J’ai dessiné Mahomet, en train de pleurer. Puis j’ai écrit « tout est pardonné ». Et j’ai pleuré. »

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Ruée sur les kiosques :


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Cécile David