Comment ça nous ne pourrons plus cultiver nos propres légumes ?

La proposition de loi de la Commission européenne sur la culture de semences non testées fait débat. Les jardiniers du dimanche seront-ils bientôt des hors-la-loi ?

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L’utilisation de semences dans les jardins privés n’est pas régie par la législation de l’UE ©ThinkStock

Sera-t-il bientôt illégal de planter des choux à la mode de chez nous ? Selon un projet de loi proposé par la Commission européenne la pousse, la reproduction ou la vente de semences de végétaux qui n’ont pas été testées et approuvées par une nouvelle autorité (l’Agence européenne des variétés végétales) pourraient devenir illégales.

Jusqu’alors, seules les grandes cultures doivent être contrôlées et certifiées avant d’être commercialisées en Europe. Les particuliers qui cultivent leurs potagers le week-end à partir de graines non réglementées seront-ils bientôt considérés comme des criminels ? Non, assure la Commission européenne. « L’utilisation de semences dans les jardins privés n’est pas régie par la législation de l’UE et les jardiniers amateurs pourront continuer à acheter tout type de matériel végétal et à vendre leurs semences en petites quantités. En outre, il sera précisé que tout non-professionnel (jardinier amateur, par exemple) peut procéder à des échanges de semences avec d’autres particuliers sans être concerné par les dispositions du règlement proposé », précise la Commission dans un communiqué expliquant sa proposition de loi.

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Pour autant, ces précisions ne rassurent pas les opposants au projet de loi. Selon les eurodéputés verts, « la Commission européenne balaie dix mille ans d’histoire agricole » avec une proposition « contreproductive et dangereuse ». « La biodiversité est en danger. Les multinationales ont focalisé leurs efforts sur la création de plantes à haut rendement, mais qui sont fragiles. Elles ne peuvent subsister que dans un environnement artificialisé dépendant des engrais chimiques et des pesticides, donc du pétrole », affirme de son côté José Bové.

La marche planétaire contre Monsanto

En parallèle de cette proposition de loi s’est déroulée la marche pacifique mondiale contre Monsanto, le 25 mai dernier. Et la mobilisation a été impressionnante : 436 villes du monde, 52 pays et ce sur tous les continents. D’après les organisateurs, la manifestation a réuni près de deux millions d’individus, engagés contre le refus de se soumettre à l’hégémonie destructrice de la Monsanto. La multinationale fabrique, entre autres, des produits phytosanitaires jugés toxiques ainsi que des semences génétiquement modifiées qui devraient bientôt être imposées à tous les agriculteurs de la planète et donc à tous les consommateurs. En somme, les manifestants ont revendiqué leur droit à continuer de choisir ce qu’ils mangent et à cultiver des terres sans OGM.

Un rassemblement étrangement éclipsé par une autre manifestation le week-end dernier qui, elle, ne touchait pourtant qu’une petite partie de la population française…

Mathilde Bourge