Comment réagissent des poissons sous Prozac ?

Des chercheurs se sont intéressés aux effets des antidépresseurs sur les poissons. Chaque année, des millions de médicaments sont déversés dans les canalisation et terminent leur course dans les rivières, où vivent ces animaux désormais sous Prozac.

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Les poissons sous antidépresseurs deviennent agressifs et antisociaux ©ThinkStock

Les poissons sous Prozac deviendraient agressifs et antisociaux. C’est ce que révèle une étude (encore en cours) de l’Université de Milwaukee-Wisconsin (Etats-Unis).

Mais pourquoi de telles recherches ? En réalité, les scientifiques ne se sont pas demandé si un tel médicament pouvait être efficace contre la dépression chez l’animal mais, au contraire, quels effets négatifs ils pourraient avoir sur eux. Et la question est loin d’être idiote puisque les Américains, un des peuples les plus consommateurs au monde (250 millions d’ordonnance pour des antidépresseurs chaque année) déversent, sans forcément le vouloir, des tonnes de Prozac ou de Zoloft dans les canalisations avec des excréments ou de l’eau du robinet. Résultat, les résidus de ces médicaments stagnent, à terme, dans les lacs et rivières… où vivent des millions de poissons.

Et si les chercheurs savent déjà que les antidépresseurs, à forte dose, peuvent altérer certaines fonctions cérébrales chez l’humain, ils ont voulu en savoir plus sur les effets secondaires sur le règne animal.

Des poissons agressifs

Les chercheurs se sont donc penchés sur des vairons, une petite espèce de poisson vivant en eau douce, souvent contaminée par de la fluoxetine (contenue dans le Prozac). Ils se sont aperçus que les mâles présentaient une liste de comportements étranges :

• Ils ignoraient les femelles

• Ils passaient leur temps cachés sous des tuiles ou des pierres, entraînant une baisse de la reproduction

• Ils mettaient plus de temps à capturer des proies

Après avoir augmenté les doses, d’autres symptômes se sont déclarés :

• Les femelles pondaient beaucoup moins d’œufs

• Les mâles devenaient agressifs et, dans certains cas, en venaient à tuer les femelles

« Il semble que le cerveau des vairons ait subi des changements dans leur structure », explique Rebecca Klaper, professeur de sciences de l’eau à l’Université de Milwaukee-Wisconsin et directrice de l’étude. En effet, le fonctionnement des gènes étant brouillé par la fluoxetine, la croissance des fibres nerveuses, qui transmettent les informations au corps, a été altérée.

Si les scientifiques sont toujours en recherche, quelques questions se posent déjà. Tous les poissons sont-ils victimes de tels effets ? Est-il dangereux pour l’homme de manger des poissons « sous Prozac » ? Une chose est sûre, si cette histoire vous angoisse, vous ne prendrez sûrement pas d’antidépresseur pour vous calmer…

Mathilde Bourge