Cours en anglais : le projet de loi sur l’université divise

Le projet de loi déposé par la ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, Geneviève Fioraso, fait débat. Parmi les points de discorde : le développement des cours en anglais. Le texte sera discuté à l’Assemblée à partir de mercredi.

0
1743
En développant les cours en langue étrangère, la ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche souhaite hisser la part des étudiants étrangers de 12 à 15 % d’ici 2020. - Image d'illustration ©ThinkStock

Plusieurs syndicats appellent à la grève mercredi. Ils demandent le retrait du projet de loi sur l’université, prévoyant, entre autres, le développement de cours en langue étrangère (anglais en tête). Le texte proposé par la ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, Geneviève Fioraso, sera discuté à l’Assemblée à partir de mercredi.

Des cours en anglais ? « Inacceptable » pour les syndicats

L’article à l’origine des débats est le numéro 2 : la multiplication des cours délivrés en langue étrangère. Par l’intermédiaire de cette mesure, la ministre souhaite hisser la proportion des étudiants étrangers de 12 à 15 % d’ici 2020.

Lire aussi : des cours d’anglais offerts pendant un an au président

Les syndicats jugent le projet « inacceptable » (AFP). L’Académie française demande elle aussi son retrait, tout comme Bernard Pivot, qui craint de voir le français devenir « une langue banale, ou pire, une langue morte » (La Croix).

Le projet divise même au sein de la gauche. Une quarantaine de députés socialistes ont décidé de suivre Pouria Amirshahi (élu PS), qui estime qu’il s’agit là d’un « renoncement ». « À travers cette disposition de l’article 2, ce sont non seulement les échanges culturels, éducatifs et scientifiques francophones qui sont fragilisés mais aussi le développement économique et social de l’espace francophone qui a besoin d’être renforcé » a-t-il déclaré dans un billet publié le 12 avril sur son site officiel.

Il existe déjà 790 formations en langue étrangères

Le texte a été légèrement revu en commission. Les cours ne se feront que « partiellement » dans une langue étrangère et devront être accompagnés d’un enseignement en français. Une modification jugée insuffisante par les opposants au projet de loi. « Ce n’est pas une coquetterie ou un combat d’arrière-garde de la communauté universitaire. C’est la richesse culturelle qui est en jeu », clame Claudine Kahane, co-secrétaire générale du Snesup-FSU.

Geneviève Fioraso a rappelé qu’il y avait aujourd’hui 790 formations en langue étrangère. « Ça ne faisait hurler personne », a-t-elle lancé à l’Assemblée. Pierre Tapie, le président de la Conférence des grandes écoles, soutient la ministre, estimant qu’il s’agit là d’« une régularisation de ce qui se fait déjà [et] qu’il faut mener une réflexion pour aller plus loin ».

Khaled Bouabdallah, vice-président de la Conférence des présidents d’université, est lui aussi en accord avec le ministère. Selon lui, cette réforme permettrait de « faire venir des étudiants étrangers qui ne viendraient pas sinon ». « Pour nos propres étudiants, la maîtrise de l’anglais est un élément important de professionnalisation », a-t-il ajouté.

Lire aussi : Les bébés peuvent distinguer deux langues sans effort

Cécile David