Des satellites capables de prévoir les épidémies ?

Les scientifiques observent l'évolution de certains virus par le biais de satellites. Un procédé présenté ce week-end lors d'une conférence scientifique. Ils pourraient ainsi prévoir plusieurs mois à l'avance certaines épidémies.

0
10403
Pour prédire le développement de certaines maladies, les épidémiologistes analysent diverses données captées par les satellites, comme l'évolution de la température, l'humidité des sols et l'importance des précipitations. - crédit photo : Andrey Armyagov ©ShutterStock

Et si l’on pouvait prédire les épidémies depuis l’espace ? Tandis que quelques-uns misent sur l’observation de Wikipédia, d’autres concentrent leur attention sur des satellites capables de détecter plusieurs mois à l’avance certaines épidémies, comme la dengue, des maladies tropicales qui touchent chaque année des centaines de millions de personnes dans les pays les moins développés.

Observer l’environnement pour prévoir l’apparition de maladies

Le dispositif a été présenté à l’occasion de la conférence annuelle de l’American Association for the Advancement of Science (AAAS), qui s’est tenue du 14 au 15 février à San José, en Californie. « Certaines infections sont très sensibles à leur environnement, surtout les maladies parasitaires et, avec la télédétection via satellite, il est possible d’identifier des endroits où la maladie peut proliférer », a résumé Archie Clements, directeur de la faculté de santé publique de l’université nationale australienne à Canberra (AFP).

Pour parvenir à tirer des conclusions, les spécialistes analysent certaines données captées par les satellites, comme l’évolution de la température, l’humidité des sols, l’importance des précipitations et le type de végétation. Ils associent ensuite ces éléments à des informations de santé pour constituer des cartes « auxquelles ont accès des pays avec peu de capacités pour collecter et traiter eux-mêmes des données portant sur des maladies », a précisé Monsieur Clements.

Des maladies repérées avant leur apparition grâce à des satellites

Grâce à ce procédé, certaines maladies ont pu être détectées avant leur apparition. « Nos travaux consistent à utiliser des données satellitaires pour surveiller l’environnement, surtout quand elles ont trait à la transmission de maladies par des moustiques », a ajouté de son côté Kenneth Linthicum, directeur du Centre d’agriculture médicale du ministère américain de l’Agriculture (USDA).

« La clé de cette approche est de comprendre l’écologie et la dynamique de la transmission », a-t-il indiqué. Les épidémiologistes ont ainsi remarqué que dès qu’il pleuvait et que les logements étaient inondés, cela provoquait l’éclosion des œufs de moustiques vecteurs du virus responsable de la fièvre de la vallée du Rift, une maladie pouvant affecter de manière très sérieuses plusieurs espèces d’animaux, comme les chèvres et les buffles. Elle concerne l’ensemble de l’Afrique et la péninsule arabique. Quant à la dengue, en Afrique, les experts ont remarqué que la sécheresse était favorable à la reproduction des moustiques près des populations humaines. « Il faut disposer de ce type d’informations avant de pouvoir utiliser les autres données satellitaires. »

Épidémie : l’observation satellitaire est encore imparfaite

Bien qu’encourageante, l’observation satellitaire des épidémies présente néanmoins quelques limites. Pour certaines maladies, comme le paludisme et le chikungunya, les conditions de transmissions diffèrent selon l’environnement. Par exemple, en Asie de l’Est, le risque de contamination est accru s’il y a une augmentation des précipitations, alors qu’en Afrique, c’est la sécheresse qui pose problème.

Mais Kenneth Linthicum reste optimiste. Le spécialiste pense qu’il sera possible de prédire beaucoup plus de maladies via le processus dans un futur proche.

Lire aussi :

Cinq conseils pour échapper au moustique-tigre

Épidémie de grippe : comment se protéger ?

Damien Rigat