Documentaire animalier : que du faux et des trucages

Un producteur de documentaires animaliers, Chris Palmer, fait des révélations sur les coulisses des tournages. Faux et trucages sont d’usage. Prêts à tout pour de belles images ?

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Autant de pratiques qui paraissent invraisemblables. Et pourtant, « les réalisateurs de documentaires avaient encore moins de scrupules par le passé ». ©ShutterStock

« Et tapi dans l’ombre, le prédateur guette sa proie, il s’apprête à attaquer ». Les documentaires animaliers sont fascinants. Images inédites de l’animal sauvage, de ses habitudes, de son habitat. Capter l’instant, le moment et éveiller le téléspectateur. Et si rien n’était vrai ? Chris Palmer, producteur et réalisateur révèle dans un livre les « coulisses » des documentaires animaliers qui recèlent en réalité de nombreux trucages et de faux. Un mythe qui s’effondre ?

Proie humaine et images de synthèses

« On peut partir avec les meilleures intentions du monde » concède Chris Palmer. « Mais quand on n’a rien après deux jours de tournage, et qu’il reste vingt-quatre heures, on devient désespéré ». Et c’est là que, très souvent, les réalisateurs forcent la nature et deviennent « créatifs ».

Chris Palmer explique ainsi que certains cacheraient des friandises dans des carcasses d’animaux récupérées sur le bord de la route. Le téléspectateur ne verra lui qu’un animal sauvage qui renifle un cadavre. Quand le requin bondit hors de l’eau la gueule béante face caméra, hors champs il y a des phoques attachés au bateau. Des pratiques qui s’expliquent par un manque de temps et d’argent et qui s’excusent par un « vrai dilemme éthique » selon le réalisateur. Il concède également que « beaucoup de ces choses sont réalisées sans même que nous le sachions. Ce que je raconte ici ce ne sont que les anecdotes et les choses entendues de bouche-à-oreilles ».

Les documentaristes Carol et Richard Foster n’auraient ainsi pas hésité à utiliser une proie humaine. Un volontaire aurait reçu un vaccin contre la rage pour servir d’appât pour des chauves-souris vampires. Et il y a aussi les fausses images. Avec un bon angle de vue, l’animal sauvage est en réalité en captivité, dans un Zoo ou une réserve naturelle. Sans compter les images de synthèses. L’animal est par définition… Un animal. On ne peut prévoir ses réactions, son comportement, alors on lui en invente. Le documentaire, « Turtle, The Incredible Journey », réalisé en 2009, a été entièrement réalisée en images de synthèses, sans un mot d’explications et bien sûr, sans en avertir le téléspectateur.

Disney, le pire réalisateur ?

Autant de pratiques qui paraissent invraisemblables. Et pourtant, « les réalisateurs de documentaires avaient encore moins de scrupules par le passé » rappelle Chris Palmer. Disney n’aurait pas hésité en 1958 pour son documentaire « White Wilderness », à jeter des lemmings du haut d’une falaise pour accréditer la légende du comportement suicidaire de ces petits animaux.

Il n’y aucun doute à dire que le livre « Confession d’un cinéaste de la Faune », de Chris Palmer risque de ne pas aider le métier. On ne regardera plus ces images de la même façon.

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Joséphine Terreissa