Don du sang : vers une autorisation pour les homosexuels

Un rapport transmis au ministère de la Santé propose d’ouvrir le don du sang aux homosexuels. Que dit-il exactement ? Sera-t-il pris en considération par le gouvernement ? Éléments de réponse.

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La circulaire du 20 juin 1983 stipule que les homosexuels masculins n’ont pas le droit de donner leur sang. Une interdiction renforcée en 2009. ©ThinkStock

En juin 2012, la ministre de la Santé, Marisol Touraine, annonçait la réouverture prochaine du don du sang aux homosexuels. Avant de se rétracter, six mois plus tard. Un rapport sur le sujet vient de lui être remis et pourrait bien changer la donne. Son auteur, le député socialiste Olivier Véran, propose de lever l’interdiction, en place depuis 1983.

Don du sang : que dit le rapport Varan ?

Olivier Véran défend la position des associations de défense des homosexuels : il faut lever l’interdiction. Il propose de faire évoluer les questionnaires précédant le prélèvement « vers le niveau de risque individuel du donneur », plutôt que de se concentrer uniquement sur son « orientation sexuelle ». Cela permettrait de « renforcer la sécurité du patient ».

« Ce n’est pas parce que vous êtes homosexuel ou que vous avez eu il y a trente ans une relation sexuelle avec un homme que vous êtes une bombe à retardement », a expliqué l’élu sur France Info. Pour lui, l’interdiction « peut être perçue comme discriminatoire [lorsqu’elle] n’est pas [fondée] scientifiquement ».

Le rapport sera-t-il pris en compte par le gouvernement ?

Difficile à dire. La ministre de la Santé, Marisol Touraine, n’a pas encore pris clairement position. Il y a un an, elle annonçait une levée prochaine de l’interdiction. En décembre dernier, elle hésitait. « Je ne [trouve] pas normal qu’il y ait une discrimination. Pour autant, je ne peux lever l’interdiction qui existe que si on me donne une garantie absolue que cela n’apportera pas davantage de risques pour ceux qui seront transfusés », avait-elle expliqué (AFP).

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L’inquiétude de la ministre puise son origine dans les dernières études publiées à ce sujet. En 2011, 40 % des découvertes de séropositivité étaient dues à une relation sexuelle entre deux hommes. Selon certaines associations de défense des droits homosexuels, ces données sont tronquées. Les études seraient réalisées en grande partie dans les milieux de la prostitution masculine et, de plus, les homosexuels se feraient davantage dépister que les hétérosexuelles (Europe 1).

Homosexuels et don du sang : d’où vient l’interdiction ?

La circulaire du 20 juin 1983 stipule que les homosexuels masculins n’ont pas le droit de donner leur sang. Cette interdiction concerne toute personne ayant reconnu lors de l’entretien médical qui précède le prélèvement avoir eu au moins une relation homosexuelle au cours de sa vie.

Le texte repose sur des études avançant que les homosexuels auraient davantage de risque de contracter le virus du sida et que ce dernier ne serait pas toujours repéré par les tests dans les jours suivant la transmission.

En 2009, un arrêté « fixant les critères de sélection des donneurs de sang » renforce l’interdiction. Il exclut du don du sang de façon très explicite tout « homme ayant eu des rapports sexuels avec un homme ». Une contre-indication « permanente » pour les homosexuels déclarés.

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Cécile David