Dordogne : un randonneur « nu » au tribunal

Un adepte de la randonnée naturiste est jugé au tribunal de Périgueux pour exhibition sexuelle. L’association Apnel espère que ce procès servira à bien faire le distinguo entre naturisme et exbihition.

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Un homme comparaît au tribunal de Périgueux pour avoir fait de la randonnée nu. ©ThinkStock

Il s’est présenté vêtu au tribunal correctionnel de Périgueux. Un adepte de la randonnée naturiste « discrète » comparaît depuis le 1er juillet pour exhibition sexuelle, après qu’une femme l’ait croisé, en tenue d’Adam, sur un sentier de La Roche-Calais, en Dordogne. Cet homme de 51 ans, enseignant en agro-alimentaire, se défend de toute perversion. La marche dans le plus simple appareil « m’apporte une forme de bien-être, me permet de me ressourcer, de faire une coupure avec le quotidien », a-t-il plaidé à la barre.

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L’homme pouvait « se cacher facilement »

Les faits remontent au 20 février dernier. « C’était une semaine où il avait fait très beau et j’ai décidé d’effectuer une randonnée dans la nature. Je suis parti dans un endroit que je connais bien, particulièrement isolé, pour une marche naturiste. Ce n’était pas la première fois que je le faisais », raconte le quinquagénaire. Manque de chance, une dame et son petit-fils passaient par là… La femme, qui ne s’attendait pas à croiser le loup, a relevé la plaque d’immatriculation du quinquagénaire pour la communiquer aux gendarmes.

L’homme assure n’avoir pas vu la dame. Il a bien entendu du bruit, mais s’est aussitôt précipité dans les fourrés pour ne pas se faire voir. « J’avais cette pratique de randonnée naturiste, une pratique en harmonie avec la nature. Je recherchais des lieux très isolés, sur des chemins où je pouvais me cacher facilement », a-t-il précisé. Convaincu de la bonne foi du randonneur, le procureur Yves Squercioni a requis la relaxe. « Je ne partage ni les pratiques ni la philosophie du prévenu, mais je dois reconnaître qu’à chaque fois, il a voulu se soustraire au regard », a-t-il concédé.

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Bien différencier naturisme et exhibition sexuelle 

De son côté, l’avocat du prévenu, Me Tewfik Bouzenoune, a décidé de poser une question prioritaire de constitutionnalité (QPC) afin de clarifier l’article L222-32 du Code pénal, qui concerne l’exhibition sexuelle. « L’imprécision de cet article fait que l’on peut poursuivre des actions comme celle de mon client en lui donnant un caractère criminologique alors qu’il n’en est rien », a-t-il indiqué. Une décision saluée par l’Association pour la promotion du naturisme en liberté, dont plusieurs membres sont venus soutenir le quinquagénaire au tribunal.

Si cette histoire de « randonnue » (terme utilisé par les adeptes) prête à sourire, elle expose tout de même le prévenu à un an d’emprisonnement et 15 000 euros d’amende. Le jugement est attendu le 11 septembre prochain. 

Thomas Levy