Espérance de vie : les Français vivent plus longtemps, mais en moins bonne santé

Selon une étude menée par l’Ined dans les 27 pays de l’UE, les Français vivent plus longtemps que leurs voisins européens. Mais un nouveau paramètre, celui de l’état de santé de la population, nuance ces résultats.

0
2510

L’Institut national des études démographiques (Ined) remet en cause la place de leader de la France en Europe, concernant l’espérance de vie. Certes, les Françaises restent les femmes européennes qui vivent le plus longtemps, en moyenne 85 ans, mais en moins bonne santé.

Pour les hommes, comme pour les femmes, la France est mal classée pour ce qu’on appelle le « bien-vieillir ». Jean-Marie Robine, directeur de recherche à l’Inserm, explique que « jusqu’à présent, lorsqu’on voulait se faire une idée de l’état de santé d’une population, on ne pouvait étudier que le taux de mortalité, un indicateur purement quantitatif ». Les chercheurs décident donc aujourd’hui d’ajouter une notion qualitative, en calculant l’espérance de vie sans incapacité (EVSI) – c’est-à-dire sans limitation ressentie dans la vie quotidienne, le travail ou les déplacements.

EVSI : la France 10e d’Europe

L’EVSI a connu une légère baisse en France ces dernières années, depuis 2006 selon l’INSEE. L’Hexagone « fait partie des pays qui connaissent une expansion de l’incapacité, avec de plus en plus de personnes âgées dépendantes », confirme Jean-Marie Robine.

La France, en terme d’EVSI, occupe donc la 10e place du classement européen. En 2008, les hommes vivaient en bonne santé jusqu’à 62,7 ans, alors qu’en 2010, on estimait cette moyenne à 61,9 ans. Du côté des femmes, on passe de 64,6 ans à 63,5 ans. Ce qui signifie qu’en 2010, les hommes ne vivaient plus que 79,1 % de leur vie en totale indépendance, contre 80,6 % en 2008. Quant aux femmes, si elles vivaient bien 76,1% de leur vie il y a quatre ans, en deux ans, elles ont perdu presque 2 % de ce ratio. Que les Françaises se le disent, elles ne sont pas les seules dans ce cas, puisque partout en Europe, les femmes meurent plus âgées que les hommes mais vivent plus longtemps en moins bonne santé.

Les grands vainqueurs en Europe de cette étude chez les hommes sont les Suédois, qui vivent en bonne santé jusqu’à 71,7 ans. Du côté des femmes, les championnes européennes sont les Maltaises, avec une moyenne de 71,6 ans.

La République Slovaque, elle, fait office de grande perdante. Pour les hommes, comme pour les femmes, elle affiche les plus mauvais « scores », avec une EVSI de 52,1 ans pour les premiers et 52,3 pour les autres.

L’EVSI influencée par le niveau culturel ?

L’étude menée par l’Ined met également en avant le rapport entre la culture d’une population et sa durée moyenne de vie en bonne santé. Les conclusions démontreraient qu’un niveau culturel plus élevé retarderait l’âge de l’entrée dans la dépendance. La prévention des maladies cardio-vasculaires, la promotion de l’activité sportive passé un certain âge, la qualité de l’alimentation ou le maintien des activités sociales, sont autant de facteurs qui ont été pris en compte pour cette étude.

Des paramètres subjectifs

Le Professeur St-Jean, chef de service à l’hôpital Pompidou à Paris, tient toutefois à nuancer ces résultats. Il explique ainsi, dans les colonnes du Figaro, que « la perception de l’incapacité peut être très différente selon les cultures ».

Si l’étude peut être contestée, elle relance tout de même le débat sur les politiques de santé publique. L’objectif serait d’augmenter, d’ici 2020, l’espérance de vie de la population de deux ans, mais les chercheurs mettent l’accent sur l’importance d’améliorer également la qualité de vie des citoyens.

Mathilde Bourge