Et si Coca-Cola ne favorisait pas l’obésité ?

Depuis fin mai, à New-York, la vente de soda extra large est interdite, accusés de favoriser l'obésité. Pourtant, Coca-Cola se défend de contribuer à cet « élargissement » de la population.

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Le 30 mai 2012, Michael Bloomberg, maire de New-York, souhaite faire interdire la vente de soda d’un demi-litre dans les cinémas, les snacks et les restaurants de la ville. Coca-Cola, plus grand fabricant de boissons non alcoolisées au monde, prend cette mesure très à cœur et décide de réagir, affirmant que ce soda ne favorise en aucun cas l’obésité.

Coca-Cola : comment se défendre ?

Mais comment la marque ose-t-elle se défendre, lorsqu’on sait qu’une bouteille de 1,5 litre contient, à peu près, l’équivalent de 27,5 morceaux de sucres ? Grâce à une belle et mince jeune femme, évidemment.

Le 7 juin dernier, Katie Bayne, PDG de la marque en Amérique du Nord, déclare dans une interview au USA Today : « Je peux prendre un Coca light quand je prépare le petit déjeuner, un Powerade zero [produit également par le groupe] quand je vais faire mon jogging. Au travail, je m’accorde un Coca light dans la matinée et l’après-midi, un thé glacé. Et pour le goûter, une canette de Coca. Je préfère cela à une barre chocolatée ou à un cookie », raconte-t-elle. Et pourtant, cette jeune femme est mince et respire la santé.

La PDG en rajoute une couche, en affirmant que ses enfants profitent du même régime. « Si mon fils pratique la crosse pendant trois heures, nous allons tout droit chez McDonald et acheter un Powerade d’un litre », explique-t-elle. Pour cette responsable, « il n’existe aucune preuve scientifique qui relie les boissons sucrées à l’obésité. Et pour preuve, elle avance qu' »au cours de la décennie 1999-2010, où l’obésité a été en hausse, la part de sucre dans les boissons a diminué ».

Coca-Cola : Le PDG n’exclut pas de lien entre soda et obésité

Lundi dernier, c’est au tour du PDG de Coca-Cola, Muhtar Kent, de se défendre dans le Wall Street Journal. « Oui, l’obésité est un problème crucial, mais désigner une seule marque ou aliment n’améliorera pas la situation. Il faudrait travailler ensemble et mettre en place des partenariats », annonce-t-il.

Pour sa défense, il ajoute que ces cinq dernières années, huit cents produits sans calories ou à faible teneur en sucre ont été lancés par son groupe.

Mais si le PDG refuse de se retrouver seul sur le banc des accusés, il est tout de même moins hasardeux que sa collègue, puisqu’il ne se risque pas à affimer qu’aucun lien n’existe entre boissons gazeuses et obésité.

Obésité : 5 800 victimes à New-York

Si la décision du maire de la ville est suivie par le Conseil de la santé de New-York, les commerçants auront neuf mois pour réviser la taille de leur gobelets. Et les arguments semblent plutôt pencher en faveur de la municipalité, Coca-Cola ayant des arguments plutôt faibles. Samantha Levine, l’adjointe au maire chargée de la presse, persiste : « Le fait demeure, les boissons sucrées sont un facteur clé de la crise de l’obésité qui tue 5 800 New-Yorkais et coûte à la ville 4 milliards de dollars chaque année. »

Au cours des dernières années, le lien établi entre consommation de sucre et augmentation des maladies non transmissibles – diabète, obésité, maladies cardio-vasculaires, cancers, etc. – plaident selon les scientifiques en faveur d’un encadrement strict de la vente des produits sucrés et de leur taxation.

Or, souligne la nutritionniste Barbara Moore, directrice de Shape Up America (« Remettre l’Amérique en forme »), « aujourd’hui, non seulement les enfants et les adultes boivent des sodas tous les jours, mais ce n’est plus 10 cl, c’est 40 cl, 60 cl, ou même un litre », constate-t-elle.

Coca-Cola : Et si on laissait les gens décider ?

La marque de soda est certes à court d’argument, mais ce n’est pas pour autant que ses collaborateurs la laisse tomber. Les accusations envers la mesure du maire de New-York ont fleuri. Ainsi, on a pu entendre que cette décision était une « interdiction mal avisée » ou une « incroyable attaque ». Qui sont les auteurs de ces répliques ? Mc Donalds et l’association des restaurants de New-York…

Une lettre ouverte dans le journal Metro a même été publiée, plaidant qu’il fallait laisser les gens décider. L’auteur de cette ode à la liberté n’est autre que le slogan d’une marque de machines à faire des sodas chez soi.

Mais les New-yorkais eux, ils en pensent quoi ?

Pour connaître l’équivalent de sucre contenu dans un soda, rendez-vous sur: Sugar Stacks

Mathilde Bourge