Étiqueter la provenance de la viande de cheval, mission impossible ?

Stéphane Le Foll, ministre de l'Agriculture, souhaiterait un étiquetage de la viande équine. Une mesure beaucoup trop chère, selon la Commission européenne.

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Stéphane Le Foll, ministre de l'Agriculture, souhaite un étiquetage globalisé de la viande de cheval ©Sipa

On pensait le scandale de la viande de cheval terminé et pourtant… Après l’interpellation de 21 personnes jeudi dernier pour avoir mis dans le circuit commercial des chevaux issus de laboratoires pharmaceutiques alors que cette viande est impropre à la consommation, les Français souhaitent plus que jamais une meilleure traçabilité des produits alimentaires. Ainsi, le gouvernement a fait savoir qu’il souhaiterait que l’Union européenne mette en place un étiquetage généralisé pour la filière chevaline. Une demande très compliquée et surtout trop coûteuse selon un rapport publié ce mardi par Bruxelles.

Viande de cheval : ce que veut la France

Depuis la crise de la vache folle, les viandes bovines européennes sont toutes étiquetées. Ce mardi matin, Stéphane Le Foll a déclaré au micro d’Europe 1 qu’il souhaitait que les mêmes mesures soient mises en place pour la viande de cheval. Cependant, la Commission européenne ne l’entend pas de cette oreille. Selon Bruxelles, l’étiquetage augmenterait le prix des produits de 15 % à 50 %, ce qui ne devrait sûrement pas plaire aux consommateurs. Un argument peu viable pour notre ministre, qui estime qu’ « il ne faut surtout pas s’arrêter sur le coût pour ne rien faire ». D’après lui, « ceux qui seraient chargés de faire ces étiquettes paieraient » cette hausse. Mais dans son rapport, la Commission explique que, par exemple, les viandes d’un même plat peuvent provenir de plusieurs pays et être mélangées. Les producteurs pourraient alors se retrouver à étiqueter des produits sans être vraiment sûrs de leur provenance.

Autre solution : les industriels pourraient faire en sorte de ne se fournir qu’auprès d’un seul et même pays. Mais ce changement est plus simple à dire qu’à réaliser. En effet, une telle mesure impliquerait pour les PME une réorganisation pour changer de fournisseur, s’approvisionner dans un seul pays, travailler séparément les viandes et changer tous les emballages. Si de telles transformations devaient s’opérer, le surcoût de production se répercuterait indubitablement sur le prix de vente… et sur les industriels eux-mêmes. La moindre hausse du coût de la viande pourrait radicalement changer les habitudes alimentaires des Français, qui achèteraient moins, ce qui causerait éventuellement la perte de la filière équine.

Mathilde Bourge