Facebook a mené une expérience sur 700 000 utilisateurs sans les prévenir

Facebook a réalisé en 2012 une expérience sur près de 700 000 utilisateurs du réseau social afin d’étudier la « contagion émotionnelle ». Problème : aucune de ces personnes n’était au courant qu’elle servait de cobaye.

0
1143
En 2012, Facebook a mené sur près de 700 000 utilisateurs une expérience psychologique pour étudier la « contagion émotionnelle » sur les réseaux sociaux. Crédit photo : JaysonPhotography / Shutterstock.com ©ShutterStock

Facebook, un laboratoire géant ? S’il y avait encore des doutes, les voilà désormais dissipés. Les célèbre réseau social s’est livré à une expérience sur près de 700 000 utilisateurs durant une semaine au début de l’année 2012, révèle la revue américaine Pnas.

Facebook a trafiqué les fils d’actualité

Pour cette étude, 689 003 personnes anglophones étaient réparties en deux groupes. A chaque fois, et sans jamais les prévenir, Facebook modifiait grâce à des algorithmes leur fil d’actualité (c’est à dire leur page d’accueil) en faisant remonter principalement des statuts positifs pour le premier groupe et négatifs pour le deuxième. Objectif de cette expérience psychologique : étudier la « contagion émotionnelle ».

Des scientifiques des Universités Cornell et de Californie à San Francisco (Etats-Unis) analysaient ensuite l’impact de ces messages ciblés sur les propres statuts des « cobayes ». Sans grande surprise, plus les utilisateurs recevaient de messages positifs, plus ils étaient susceptibles de transmettre à leur tour des mots et statuts positifs, et inversement pour ceux qui étaient exposés à du négatif.

Les expériences sont prévues par les conditions d’utilisation

« Les états émotionnels sont communicatifs et peuvent se transmettre par un phénomène de contagion, conduisant les autres personnes à ressentir les mêmes émotions sans en être conscientes », notent les auteurs de cette recherche pour qui il existe bien une « contagion émotionnelle de masse via les réseaux sociaux. »

Si les résultats sont intéressants, la méthode pour les obtenir est contestable et n’a pas manqué d’indigner de nombreux internautes ce week-end. Aucun des participants de l’étude n’était en effet informé de ce qui se passait. Le fait que Facebook s’immisce directement dans le fil d’actualité de ses utilisateurs, même à des fins scientifiques, n’est pas du goût de tous, et pourtant, les conditions d’utilisation le lui permettent. Les informations personnelles peuvent en effet être utilisées pour des « opérations internes » comme « la recherche et l’amélioration du service ».

Lire aussi :

Five Labs : Facebook analyse votre personnalité

Chez Facebook, l’employé type est un homme blanc

Adrien Guiset