Fraude à la Sécurité sociale : comment l’entreprise Michelin s’y est-elle prise ?

Une enquête vient d’être ouverte à l’encontre de Michelin. Le géant du pneu est accusé de fraude à la Sécurité sociale. Le préjudice est estimé à un milliard d'euro par an.

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L’entreprise Michelin cache-t-elle systématiquement les arrêts maladie de ses salariés à la Sécurité Sociale ? C’est ce que tente de déterminer l’enquête ouverte fin 2011 par le parquet de Clermont-Ferrand à l’encontre du spécialiste de la pneumatique en France. Michelin est soupçonné de dissimuler les accidents du travail de ses employés et de les forcer à venir travailler même quand leur santé ne le permet pas. Ceci expliquerait que la société comptabilise quinze fois moins d’accidents de travail que la moyenne. Le site de Cholet bat tous les records avec zéro arrêt maladie en 2010. Pourtant, un document interne de l’infirmerie, qu’a pu se procurer Europe 1, indique 130 jours d’arrêts de travail, non déclarés à la Sécurité sociale.

Comment Michelin ferait-elle pression sur ses salariés ?

Selon Jacques Chambon, membre du syndicat CGT chez Michelin, il arriverait à l’entreprise de harceler par téléphone des employés victimes d’accidents du travail en arrêt maladie pour qu’ils reviennent travailler. Dans certaines usines du groupe, des affiches placardées sur les murs des vestiaires leur rappelleraient que leurs arrêts maladie coûtent très cher à l’entreprise : entre 1 000 et 2 000 euros par jour. Enfin, il arriverait parfois que la direction fasse pression sur le médecin du travail pour qu’il ne délivre pas d’arrêt à un employé accidenté.

Quel intérêt Michelin aurait-elle à cacher des accidents du travail ?

« En ne déclarant pas les accidents de travail, Michelin s’exonère du paiement de la pénalité due à la caisse des accidents du travail », explique le syndicaliste. En plus, cela oblige les salariés à faire rembourser leurs soins par le régime général, plombant un peu plus les caisses de la Sécurité sociale. Au total, cette fraude créerait un manque à gagner de plus d’un milliard d’euros par an. Du côté de Michelin, on se défend fervemment de ces accusations. « Tous nos accidents du travail, qu’ils comportent un arrêt de travail ou non, sont déclarés. Il n’y a pas de caisse noire chez nous », a assuré Frantz Bléhaut, le directeur des ressources humaines de l’entreprise sur Europe 1. Les premiers salariés seront interrogés cette semaine dans le cadre de l’enquête judiciaire.

JT