Génocide arménien : l’histoire en quatre points

Le Sénat a donc ratifié hier la loi pénalisant la négation du génocide arménien provoquant une fois encore la colère d'Ankara. Alors que le débat fait rage depuis plusieurs semaines en France, il était nécessaire de revenir de façon rapide et synthétique sur cette sombre page de l'histoire.

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Les voisins de l'actuele Arménie ©DR

Le Sénat a hier entériné le texte visant à pénaliser la négation du génocide Arménien suscitant une fois encore la colère de la Turquie. Il en coûtera désormais un an de prison et 45 000 euros d’amende pour quiconque contestera la réalité historique de ce génocide qui a eu lieu au début du 20e. Mais si l’on parle beaucoup de ce génocide, rares sont ceux qui en connaissent le détail ou même les grandes lignes.

Où s’est déroulé ce génocide ?

Le génocide arménien se déroule principalement dans l’est de l’actuelle Turquie. L’Arménie se situe aujourd’hui entre la Géorgie, l’Azerbaïdjan et la Turquie et a même au sud une frontière commune avec l’Iran. Lors de la répression et du génocide la persécution des Arméniens fut menée à travers une grande partie de ce qui s’appelait alors l’Empire Ottoman. Des camps d’exterminations virent ainsi le jour dont le plus grand à Der-Zor (ou Deir ez-Zor) une ville qui se trouve aujourd’hui en Syrie. D’autres Arméniens furent envoyés dans le désert de Mésopotamie. La fuite de nombreux arméniens dans ces heures sombres expliquent l’actuelle diaspora mondiale.

Quand a-t-il eu lieu ?

Le génocide en lui-même se déroule sur les années 1915-1916, en pleine première guerre mondiale. Une guerre à laquelle l’Empire Ottoman prend part, aux côtés des Allemands. On se doute néanmoins que la persécution de la population arménienne ne se limite pas à ces deux seules années.

Dès la fin du 19e siècle alors que certains partis arméniens prônent l’indépendance au sein de l’Empire Ottoman la répression du sultan Abdülhamid est féroce et provoque dès les années 1894 la mort de dizaines de milliers d’arménien. Les années 1915-1916 ne seront hélas que le point culminant de ce massacre.

Alors que l’Empire subit des revers face à l’armée russe, les Arméniens sont accusés d’aider l’ennemi. Le gouvernement décide alors de déplacer la population arménienne loin des lignes de front : les déportations peuvent alors commencer et les exécutions avec elles.

Pourquoi ce génocide ?

Comme toujours dans ces sinistres histoires les raisons sont nombreuses et complexes. D’autant que le sujet fait toujours débat comme en atteste la réaction très vive du gouvernement turque à l’égard de la France et de cette loi condamnant la négation du génocide arménien.

L’une des raisons peut être la volonté à la fin du 19e d’indépendance des Arméniens, population, culturellement à part dans l’Empire Ottoman. Alors que la première Guerre Mondiale est sur le point d’éclater et que les tensions partout en Europe sont vives, le Sultan qui tient à l’unité de son Empire voit dans cette minorité arménienne un risque de division majeur. Des soulèvements sporadiques seront dès cette fin de siècle réprimés dans la violence.

Les Jeunes Turcs qui renversent le sultan en 1908 et prennent le pouvoir ne verront pas non plus d’un bon œil ce sujet d’indépendance de l’Arménie.

Le changement de pouvoir n’amènera pas pour les Arméniens un changement de traitement de la part de l’Empire Ottoman. D’autant plus que les Arméniens géographiquement proches de l’ennemi russe seront très vite considérés comme des traitres durant la Grande Guerre.

Les conséquences du génocide arménien

Les chiffres concernant le massacre arménien divergent selon les sources. On ne peut que donner des estimations tant les données officielles sont rares car secrètes ou tout simplement disparues. Les estimations courantes disent que les 2/3 de la population arménienne ont disparu au cours de ces deux années 1915-1916. Déportée et méthodiquement exterminée.

On compte entre 800 000 et 1,5 million de victimes. Ce qui en fait, avec le génocide juif, un des plus grands massacres organisés de populations civiles du 20e siècle.

Le génocide rwandais (entre 500 000 et 1 millions de morts) ou celui perpétré par Pol Pot au Cambodge (plus de 1,5 millions de victimes) rejoindront-ils aussi bientôt ces génocides officiellement reconnus dont il sera interdit de nier la réalité et donc de bafouer le souvenir ? La logique, et la cohérence, voudraient que oui.

La Rédaction