GPA : un débat aux enjeux moraux

La gestation pour autrui (GPA) anime les passions. Les « antis » redoutent une marchandisation des bébés, les « pros » expliquent qu'il existe une GPA éthique, respectueuse à la fois de l'enfant et de la mère porteuse. Ces enjeux d'ordre moral, complexes, freinent l'avancée des discussions.

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« Certains experts ont d’ailleurs démontré que les mères porteuses ne développaient pas le même attachement pour l’enfant puisqu’elles savent dès le début qu'elles donneront l'enfant qu'elles portent », explique le professeur François Olivennes. - crédit ©ShutterStock

Le débat autour de la gestation pour autrui (GPA) est passionné. En France plus qu’ailleurs. « Chez nous, c’est l’éthique du bien qui l’emporte alors que dans d’autres nations européennes, c’est l’éthique de la liberté qui domine, commente la psychanalyste Sylvie Faure-Pragier, auteur de Bébés de l’inconscient : le psychanalyste face aux stérilités féminines aujourd’hui (PUF, 2003). L’ennui, c’est que le bien est une notion fluctuante. Rappelons qu’à une certaine époque, les homosexuels étaient envoyés en prison et que la fellation était une abomination, condamnant à l’enfer ».

Pour Sylvie Mennesson, présidente d’une association défendant la GPA (Clara), c’est plutôt « le combat entre le dogme (naturaliste) et la liberté » qui entre en jeu ici. « En France, on accepte le don d’embryons, qui est bien plus perturbant que la gestation pour autrui, mais pour ne pas aborder la question, on l’a dissimulé sous la forme de l’adoption. C’est dire l’hypocrisie d’un système qui n’a pas pris la mesure de l’évolution des sociétés et qui, pour se maintenir à flot, se permet de dire qui sont les bons parents et qui ne mérite pas de le devenir ».

« La GPA échappe aux médecins »

Pourquoi la loi n’est-elle pas plus compréhensive à l’égard de ces couples infertiles ? « Sans doute pour deux raisons centrales, analyse Dominique Thouvenin, professeure de droit de la santé (chaire « Éthique et droit de la santé » à l’EHESP). Tout d’abord, la GPA échappe aux médecins une fois la mère porteuse enceinte, contrairement à l’assistance médicale à la procréation (AMP ou PMA), autorisée en France. Ensuite, la remise de l’enfant au couple intentionnel contribue à assimiler un être humain à un produit du corps humain (organes). »

Selon elle, il faudrait retravailler en profondeur le sujet et s’intéresser de plus près à « la légitimité de la demande d’avoir un enfant », qui éloigne la GPA du champ médical. « Le fait de ne pas avoir d’enfant, ce n’est pas une maladie, rappelle-t-elle. Il n’est pas question de survie mais de l’accomplissement d’un désir. » Madame Thouvenin insiste : son but n’est pas de prendre position « pour ou contre la GPA mais de chercher à comprendre pour quelles raisons le débat est si tendu et les discussions rythmées par autant d’invectives ».

Mère porteuse : « rester ouvert »

« Rester ouvert » : c’est le conseil du professeur François Olivennes, spécialiste des traitements de l’infertilité. Si on écoute les antis, la séparation entre le bébé et la femme qui l’a porté pourrait avoir des répercussions négatives sur le psychisme de l’enfant et de la mère porteuse. Le Pr Olivennes hausse les sourcils : « Ce lien n’est pas du tout avéré ! Certains experts ont d’ailleurs démontré que les mères porteuses ne développaient pas le même attachement pour l’enfant puisqu’elles savent dès le début qu’elles donneront l’enfant qu’elles portent. »

Sylvie Faure-Pragier prône quant à elle la fin des spéculations : « Tant qu’aucune expérience clinique réelle n’a été réalisée, les psys n’ont pas à étaler leurs théories. Des couples ayant eu recours à la GPA forment aujourd’hui des familles très heureuses. Oui, il y a des cas désolants mais il ne faut pas généraliser. Le fait est qu’on ne sait pas. » Des études sont-elles en cours sur le sujet ? « À quoi bon ? Comment choisir les familles ? Quels seraient les enfants témoins ? GPA, adoption… Ce n’est pas ça, au fond, qui compte. Il y a des bons et des mauvais parents quelles que soient les situations. »

Cécile David