Greffe de tête : est-ce éthique et possible ?

Sergio Canavero, neurochirurgien italien, affirme qu’il est possible de transplanter une tête sur le corps d’un donneur. Scénario de science-fiction pour un remake de Frankenstein ou réelle innovation médicale ?

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Cette opération, aussi innovante soit-elle, posent de nombreuses questions, tant éthiques que médicales. ©ShutterStock

Jusqu’où ira la médecine ? La greffe d’une jambe, d’un bras, d’une main artificielle, c’est fait. Une greffe de peau ou de cœur artificiel ? C’est fait également. Mais est-ce réellement possible de greffer une tête sur un corps ?

Oui, si l’on en croit le neurochirurgien italien Sergio Canavero, qui affirme avoir trouvé le protocole technique chirurgical qui permettrait de fusionner la moelle épinière du donneur avec celle du receveur. Ses travaux ont été publiés dans la revue scientifique New Scientist.

Une cinquantaine de candidats prêts à

Et si on pourrait le penser fou, Sergio Canavero lui, est bien convaincu que cette expérience est possible – moyennant 150 personnes, 36 heures d’opération et un coût de 10 millions d’euros – et soutiendra son projet lors du congrès de l’Académie de chirurgie neurologique qui aura lieu en juin prochain. « Si on peut reconnecter vaisseaux, muscles et nerfs sur une jambe ou un poignet, on peut le faire au niveau du cou » explique le Dr Canavero.

Quel serait alors les étapes de cette opération ? Congeler le corps du « donneur » et la tête « du receveur », couper les deux cous et les greffer ensemble. Et utiliser du polyéthylène glycol qui « fusionne » les deux moelles. Après un coma artificiel de quatre semaines et une stimulation par électrodes, « le patient sera capable, au réveil de bouger et de parler. Après un an de physiothérapie, il devrait pourvoir marcher » affirme le médecin.

Mais alors qui sont-ces, ces personnes désireuses de vivre dans un corps qui n’est pas le leur ? Le Dr Sergio Canavero assure qu’une cinquantaine de personnes, « atteintes de dystrophie musculaire, de tétraplégie ou encore des transsexuels » se sont déjà portées candidats.

Des questions éthiques

Cette opération, aussi innovante soit-elle, posent de nombreuses questions, tant éthiques que médicales. A commencer par le risque de rejet, certains organes comme le foie et la rate pourraient ne pas reconnaitre le nouveau cerveau, et « le corps de rejeter la tête », physiquement et psychologiquement. Et si le receveur décide d’avoir un enfant ? Ce dernier aurait les gênes du donneur. Confusion. Et si l’homme riche et vieux désire un corps jeune et vif ?

Les travaux du docteur Canavero font échos à l’expérience effectuée du docteur Robert White, dans les années 1970, qui avait transplanté la tête d’un singe sur le corps d’un autre animal de la même espèce. Il avait survécu deux jours.

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Laurie Ferrère