Hyperactivité : reconnue et après ?

C’est une première en France. La Haute Autorité de Santé vient de reconnaître officiellement l’hyperactivité (TDAH), mais s’argue de recommandations un peu trop idéalistes.

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Cette prise de position de la part de la HAS se cale au moment où le diagnostic du TDAH crée de vifs débats. ©ShutterStock

Il y a quelques mois, Mommy, film du réalisateur canadien Xavier Dolan, mettait en scène Steve Desprès, un jeune adolescent TDAH impulsif et violent. A la lecture du synopsis les yeux buttaient sur cet acronyme : T D A H pour « troubles de l’attention avec ou sans hyperactivité ». Ce n’était que donc ça, de l’hyperactivité ?

Des recommandations utopistes ?

Non, car l’hyperactivité, en France, comme dans de nombreux pays, est mal connue et subit de nombreux amalgames. Dans un rapport publié ce jeudi 12 février, la Haute Autorité de Santé reconnait officiellement l’hyperactivité et présente ses recommandations de bonnes pratiques pour le repérage de ces troubles et l’accompagnement des patients et de leur famille. A savoir que le TDAH, trop souvent réduit à l’appellation « hyperactivité » associe en réalité trois symptômes : un déficit de l’attention, une hyperactivité motrice et une impulsivité. Mais tous les enfants turbulents ne sont pas des TDAH. Il s’agit d’une réelle pathologie, et dont le diagnostic ne peut être posé que lorsque lourdeur, intensité, sévérité et persistance des symptômes sur une période d’au moins six mois se sont sentir.

Les « recommandations sont idéalistes. Mais c’est un idéalisme assumé », explique le Dr Jean Chambry, pédopsychiatre, et co-président du groupe de travail ayant rédigé les préconisations de la Haute Autorité de Santé (HAS). Il s’agit surtout, pour eux, d’affirmer que le TDAH existe, « il n’est pas l’invention des laboratoires pharmaceutiques ».

Hyperactivité : sur ou sous diagnostiquée ?

Cette prise de position de la part de la HAS se cale au moment où le diagnostic du TDAH crée de vifs débats dans plusieurs pays, accusé d’être sur-diagnostiqué et sur-traité. A titre d’exemple, aux Etats-Unis, où 11 % des enfants souffrirait de TDAH, dont un million serait diagnostiqué à tort. En France, ce nouveau rapport estime totalement le contraire : « le TDAH est une pathologie largement sous-diagnostiqué, avec une grande hétérogénéité et une insuffisance de prise en charge », estime Michel Lecendreux, pédopsychiatre à l’Hôpital Robert Debré à Paris.

A rappeler également, que contrairement à ce que l’on pourrait penser, le HAS prône en premier lieu des thérapies non médicamenteuses, et le traitement par méthylphénidate n’intervenant que si celles-ci ne s’avèrent pas efficaces.

Cette reconnaissance est avant tout « un premier pas », il reste encore beaucoup à faire, conclut Christine Gétin, présente de l’association HyperSuper TDAH France. Il s’agissait ici de « réconcilier les extrêmes », tout le reste est encore à faire.

Laurie Ferrère