Ils mettent la rosée en bouteille

Utiliser la rosée pour produire l'eau qui manque à certaines contrées : il fallait y penser. Un physicien s'est penché sur la question et... eurêka ! Il « lui a suffi » de mettre au point un système qui la condense. Surprenant !

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Ils mettent la rosée en bouteille ©ThinkStock

Vous prendrez bien un verre de rosée ! Faute de frappe ? Non, c’est du sérieux. Boire la rosée est devenue une réalité grâce à Daniel Beysens, physicien au centre de l’énergie atomique. Ce monsieur a mis au point ce qu’il appelle un condenseur de rosée destiné à recueillir ces gouttelettes tombées du ciel qui embellissent nos pelouses les matins d’été. L’instrument se présente sous la forme d’un panneau incliné blanc (ou d’un cône creux) recouvert de plastique et de microbilles de méthane. A quoi servent-elles ? « A augmenter le refroidissement naturel de la surface qu’elles revêtent et favoriser ainsi la formation de la rosée », explique le physicien. Au contact du condenseur, l’humidité contenue dans l’atmosphère se transforme en gouttes d’eau qui glissent jusque dans une gouttière aboutissant au point de récolte.

Une aubaine pour les pays arides La nature produit la rosée par le phénomène nocturne de la condensation – une nuit claire et peu de vent sont nécessaires au refroidissement des supports – et le chercheur essaie d’en tirer le meilleur parti. C’est ainsi que la rosée en bouteille est devenue une réalité… buvable. Une aubaine pour les populations des terres arides ! On saisit tout l’intérêt de cette invention quand Iryna Mylymuk, co-fondatrice d’une association nommée OPUR (Organisation pour l’utilisation de la rosée), rappelle le taux d’humidité de l’air dans certaines zones du Sahara : 90 % en Mauritanie par exemple. « Un mètre carré de condenseur peut collecter 0, 6 litre d’eau potable par nuit. Cela signifie qu’un toit de 100 m2 pourrait produire 60 litres d’eau par nuit. » Après avoir constaté des résultats positifs en Corse, M. Beysens est parti, avec cette association, fabriquer des condenseurs géants en Croatie, en Polynésie et en Inde.

1000 litres d’eau par nuit Une véritable usine de rosée est en passe d’aboutir en Inde, dans le secteur aride et côtier du Gujarat. En lieu et place d’une ancienne mine à ciel ouvert, une équipe travaille à remodeler et à tapisser les 12 000 m2 de tranchées parallèles du film de polyéthylène. L’objectif est de récolter 1 000 litres d’eau par nuit. De quoi répondre, en partie, aux besoins de la communauté villageoise. Le condenseur peut également s’installer sur les toits. Ainsi, celui de 300 m2 d’une école a permis à ses élèves de récupérer jusqu’à 50 litres d’eau en une nuit. En Corse, c’est un condenseur conique que l’OPUR met au point. Avec une surface de 7, 32 m2 incliné à 30°, le rendement est en moyenne de 1108 ml par nuit. Cette forme conique limite le réchauffement causé par le vent. Le refroidissement du dispositif, nécessaire à l’apparition de la rosée, est donc plus important. Pour les curieux, il est visible à l’exposition « Dans ces eaux là », dans le parc du château d’Avignon. Dans la région de Lille, un projet de HLM écologique avec condenseur est à l’étude. La science au service du développement durable n’a pas fini de nous épater.

Sacrés Anglais ! Ils avaient déjà percé le secret de la rosée au Moyen âge. Les Anglais construisaient des étangs artificiels en creusant des bassins de quelques dizaines de mètres de coté en forme de coupe. Ils couvraient le fond de cette coupe d’une couche de paille sèche et d’une couche d’argile puis tassaient et couvraient de pierres. L’étang était alors prêt à fonctionner et commençait à se remplir d’eau sans qu’il y ait eu de précipitations atmosphériques.

La rédaction