Kodak, un déficit d’avance

Kodak, l’entreprise mythique de production de pellicules photographiques, a déposé le bilan ce jeudi. Même en ayant obtenu 950 millions de dollars de la part de la banque Citigroup, son avenir ne semble pas réjouissant. La société américaine a pourtant été un des poids lourds du capitalisme durant de nombreuses décennies.

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Pellicule Kodak ©SIpa

Qu’il est loin le loin le temps de la splendeur. Kodak, la société américaine fondée par George Eastman en 1881, est aujourd’hui en faillite. Elle a déposé le bilan ce jeudi et annoncé avoir reçu une ligne de crédit de 950 millions de dollars sur 18 mois de la banque Citigroup. Depuis 2007, l’entreprise ne faisait plus aucun bénéfice et a demandé à bénéficier de la protection du chapitre 11 de la loi américaine sur les faillites devant un tribunal de New York. Les filiales étrangères ne sont pas concernées.

Le pionnier de la pellicule photographique

La nouvelle était attendue mais elle devrait toucher tous les passionnés de photo argentique, dont Kodak était le symbole. La firme était pionnière en matière de pellicule photographique et a exercé pendant de nombreuses décennies un quasi monopole sur ce marché, déposant au passage des centaines de brevets. Au moment de son âge d’or vers la fin des années 70, elle employait 128 000 salariés dont 8 700 en France. Ils sont aujourd’hui moins de 30 000. Entre temps, des usines ont fermé ou ont été détruites comme à Chalon sur Saône et les plans sociaux se sont enchainés. Le siège basé à Rochester dans l’Etat de New York, qui a fait travailler jusqu’à 60 000 personnes, n’embauche à l’heure actuelle « que » 7 000 salariés.

Un passage au numérique mal négocié

La chute de Kodak a démarré dès les années 80. On lui reproche d’avoir raté le virage du numérique. A cette époque pourtant, la société avait commencé à produire des appareils numériques dont une caméra. Ces produits ne seront jamais commercialisés pour ne pas faire de l’ombre à ce qui avait fait le succès de la marque, l’argentique. Investir dans le numérique aurait très certainement conduit à fermer des laboratoires et supprimer des emplois, ce qui était alors inconcevable. Le numérique a finalement été repris par d’autres fabricants. Comme souvent dans le secteur de la haute technologie, il est plus facile pour les pionniers de s’installer confortablement sur le marché. Kodak ne rattrapera ainsi jamais le retard accumulé.

Le souvenir de la marque légendaire ne se perdra pas

Kodak est en sursis financier mais la fin semble proche. Etouffée par la concurrence, larguée dans la course à l’innovation, il ne faut pas oublier que pendant près d’un siècle, la société a été un des parangons du capitalisme outre-Atlantique et une véritable machine de guerre en terme de marketing et de communication. En témoignent ses nombreuses publicités qui seront certainement bientôt les derniers souvenirs qu’il restera de Kodak avec les tirages papiers précieusement conservés, du temps où le géant américain avait encore un déclic d’avance.

AG