La ferme des 1 000 vaches sera-t-elle sanctionnée ?

Le ministre de l'Agriculture promet des sanctions à l'encontre de la ferme des 1 000 vaches, une exploitation XXL installée dans la Somme. Le seuil autorisé des 500 bovins aurait été franchi sans autorisation, dénonçait lundi un ex salarié.

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Des opposants à la ferme des 1 000 vaches rassemblés devant le palais de justice d'Amiens pour soutenir les membres de la Confédération paysanne soupçonnés d'avoir dégradé l'exploitation géante. - 28 octobre 2014 - crédit photo : Baziz Chibane ©Sipa

Après la grogne très médiatisée d’opposants au projet la veille de son lancement, la ferme des 1000 vaches fait de nouveau la Une. Dans un article publié le 8 juin sur le site spécialisé Reporterre.net, un ancien salarié de l’immense exploitation balance : le cheptel atteindrait presque les 800 vaches, au lieu des 500 autorisées. Le lendemain, la Confédération paysanne envoie une lettre au ministre de l’Agriculture, Stéphane Le Foll, pour lui demander de faire respecter les règles. « Je compte faire appliquer (…) les engagements qui ont été pris (…) donc il y aura des sanctions », a assuré le 10 juin Monsieur Le Foll, interrogé après le Conseil des ministres (AFP). Il a par ailleurs précisé qu’il avait demandé la veille au préfet de réaliser un contrôle.

Le seuil des 500 vaches autorisées aurait été largement dépassé

La ferme des 1 000 vaches est le surnom donné à l’étable hors-norme située à Drucat, près d’Abbeville dans la Somme (80). Son propriétaire, l’homme d’affaires Michel Ramery, a obtenu un permis de construire par arrêté préfectoral pour tout son projet, soit une ferme de 1 000 vaches et un bâtiment devant recueillir, à terme, 750 génisses.

Mais, pour l’instant, son autorisation d’exploitation est limitée à 500 bêtes. Le jour de la première traite, le 13 septembre 2014, 150 bovins originaires de fermes voisines ont investi les lieux. Un premier troupeau qui doit progressivement atteindre les 1 000 têtes. Monsieur Ramery a d’ailleurs déjà déposé une demande d’agrandissement à 880 bovins, sans réponse pour le moment (l’enquête publique est obligatoire à partir de 900 animaux). Problème : visiblement impatient, le propriétaire de l’exploitation aurait dépassé le seuil des 500 sans attendre l’autorisation. D’après les services de contrôle de l’État, l’étable compterait en effet 796 vaches.

« J’avais indiqué que si on devait dépasser les 500 [bêtes], il faudrait qu’il y ait à nouveau une enquête publique, souligne le ministre. La demande n’ayant pas été faite, l’enquête n’ayant pas eu lieu, il y a eu là un manquement donc il sera sanctionné. » La ferme de Drucat se défend en assurant qu’elle n’avait pas l’intention de transgresser la loi. Elle explique simplement qu’elle a eu « l’occasion » de récupérer « un troupeau de 300 têtes, élevées dans les mêmes conditions que les [siennes] ».

Un argument bien maigre. « Le ministère va les mettre en demeure de revenir à 500 vaches, affirme à l’AFP Laurent Pinatel, porte-parole de la Confédération paysanne. Dans quel délai ? On verra. »

Ferme des 1 000 vaches : « Les salariés sont usés, comme les [bêtes] »

L’autre gros problème, ce sont les conditions dans lesquelles seraient élevés ces animaux. « Dans le troupeau, il y a au moins 300 vaches qui boitent. Elles sont fatiguées, maigres. Elles ont des ongles trop longs ou des sabots qui pourrissent. Elles marchent à longueur de journée dans leurs excréments, révèle sous couvert d’anonymat un ancien salarié à Reporterre. D’habitude, on nettoie tous les deux jours dans ce type d’élevage, là c’est tous les quinze jours. Les vaches sont sales. »

Les employés non plus ne seraient pas respectés. Le responsable qui gère l’élevage au quotidien, un certain Stéphane, « nous prend pour ses chiens », affirme l’ex salarié. « Quand on laisse traîner nos affaires, par exemple, il les jette ». Il précise qu’à son arrivée, « il y avait une comptable, une secrétaire, deux responsables et trente-trois employés ». Quand il est parti, ils n’étaient « plus que quinze ». « Les salariés sont usés, comme les vaches », déplore-t-il.

Ce couac est un argument de plus pour les détracteurs du projet « 1 000 vaches ». Voilà plusieurs moi que la Confédération paysanne, soutenue par différentes associations, s’oppose fermement à cette initiative. Elle se mobilise actuellement pour demander la relaxe des neufs militants soupçonnés d’avoir commis des dégradations sur le chantier de la ferme. Le procès doit débuter le 17 juin à Amiens. Le bras de fer ne fait que commencer.

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Cécile David