La télémédecine c’est maintenant

La médecine à distance, inventée il y a vingt ans, permet de lutter contre les déserts médicaux. Sa mise en place et sa banalisation font face à plusieurs défis : techniques, financiers, humains.

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Entrée dans le Code de la santé publique par un décret d’octobre 2010, la télémédecine se définit comme « une pratique médicale à distance utilisant les technologies de l’information et des communications. ©ShutterStock

La télémédecine, c’est la médecine à distance. Une notion à ne pas confondre avec l’e-santé qui est plus globalement la santé par Internet via des sites et des gadgets type « montres connectées ». La première pierre de ce nouvel outil a été posée en 1994 : un scanner aux rayons X avait été piloté depuis l’Hôtel-Dieu à Montréal au Canada sur un patient situé à l’Hôpital Cochin à Paris. Quelques années après, en 2001, c’est un acte de téléchirurgie qui révolutionne la discipline : un chirurgien installé à New York opère à distance une patiente accueillie à Strasbourg.

Entrée dans le Code de la santé publique par un décret d’octobre 2010, la télémédecine se définit comme « une pratique médicale à distance utilisant les technologies de l’information et des communications. Elle met en rapport, entre eux ou avec un patient, un ou plusieurs professionnels de santé. » Cinq grandes familles d’actes médicaux figurent dans ce décret d’application : la téléconsultation, la téléexpertise, la télésurveillance médicale, la téléassistance et la réponse médicale. Munie d’un cadre légal, la télémédecine se voit alors attribuer des priorités nationales de développement lors du Conseil des ministres du 8 juin 2011 : la téléradiologie, la prise en charge des accidents vasculaires cérébraux (AVC), la prise en considération de la santé des personnes détenues, la télésurveillance des maladies chroniques (insuffisance rénale ou cardiaque, diabète, etc.) et la mise en place de soins en structure médico-sociale type HEPAD (Hébergement pour personnes âgées dépendantes) ou hospitalisation à domicile. L’enjeu du développement de la télémédecine va bien au-delà. Il passe aussi par la lutte contre le désert des soins, l’optimisation de certaines prestations et la réduction des dépenses de santé.

Équiper les médecins

Pour pouvoir exercer la télémédecine, il faut être équipé notamment d’une excellente connexion à Internet. Pas question en effet qu’un incident technique vienne perturber le bon déroulement des opérations. Les médecins doivent également être munis d’un bon appareil photo pour pouvoir envoyer à leur confrère le cliché d’une lésion ou de l’évolution d’une cicatrice. Dans tous les cas, il est impératif de mettre en place un système crypté de transmission des données médicales, afin d’assurer une version numérique du secret professionnel.

Trouver les financements

Aujourd’hui, les actes de télémédecine ne sont pas inscrits dans la nomenclature de la Caisse nationale d’assurance maladie et ne sont donc pas remboursés. Prenez l’exemple d’un patient examiné pour un problème de peau par un médecin généraliste qui sollicite, par un système semblable à Skype, l’avis d’un confrère dermatologue, eh bien ce dernier n’est pas défrayé pour sa consultation à distance. C’est cela aujourd’hui la norme. Toutefois, neuf régions testent actuellement des modalités de paiement pour les médecins consultés à distance afin de pouvoir faire des propositions concrètes aux pouvoirs publics à partir de 2017. Lorsqu’une solution sera trouvée, ces partenariats entre professionnels de la médecine pourront se généraliser.

Développer la téléradiologie

La téléradiologie permet au médecin en contact direct avec le patient de disposer de l’avis d’un médecin radiologue situé à distance du lieu de réalisation de la radio. Ce système favorise l’échange de connaissances et de savoirs entre médecins. Il existe deux situations où la téléradiologie peut être intéressante : pour poser un diagnostic et pour assurer l’expertise. Dans le premier cas, la téléradiologie permet à un médecin de proximité non radiologue d’obtenir un examen d’imagerie réalisée par un radiologue. Dans le second cas, il permet des échanges d’avis entre radiologues. Un radiologue de proximité au contact du patient peut souhaiter obtenir l’avis d’un confrère « expert » afin d’être guidé dans la conduite de l’examen le plus adapté ou afin d’effectuer une seconde lecture des images, d’affiner ou de confirmer son diagnostic. Et, le cas échéant, guider la conduite à tenir pour le patient en direct ou en différé.

Prendre en charge l’AVC

Lorsqu’un accident vasculaire cérébral intervient, il faut faire vite. Si vous êtes à 40 kilomètres ou plus d’un CHU, le diagnostic et les gestes de premier secours sont retardés; or on sait que le temps est un facteur clé dans la prise en charge de l’AVC. Avec la télémédecine, il est possible de poser un diagnostic aux urgences et de faire interpréter les résultats d’analyse (scanner ou IRM) par un neurologue situé à distance. Ce dernier pourra prescrire une injection idoine au malade. Priorité des années 2012-2014, la prise en charge des AVC aigus par la télémédecine dans toutes les régions demeure une priorité. Rappelons que l’accident vasculaire cérébral est un arrêt brutal de l’irrigation sanguine d’une partie du cerveau. Dans plus de 80 % des cas, il résulte de l’obstruction d’un vaisseau par une plaque d’athérome ou un caillot sanguin, ce qui réduit l’apport de sang dans la zone concernée. On parle alors d’AVC ischémique. Dans les autres cas, il est dû à la rupture d’un vaisseau, ce qui entraîne une hémorragie cérébrale. Il s’agit alors d’un AVC hémorragique. Dans tous les cas, la télémédecine est un moyen de circonscrire la gravité de ces AVC.

Soigner les détenus

Tout le corps médical n’est pas représenté dans les prisons, tant s’en faut. Un dispositif de télémédecine permettrait au médecin pénitentiaire et aux patients détenus de consulter à distance un ensemble de spécialistes. Les demandes en dermatologie et en psychiatrie sont les plus fortes et donc prioritaires. Des dispositifs de la sorte sont déjà testés avec succès dans les prisons de Bois-d’Arcy et de Lannemezan.

Suivre les maladies chroniques

Diabètes, insuffisances cardiaques, insuffisances rénales, maladies cardiovasculaires sont des pathologies pour lesquelles la téléconsultation et la téléexpertise se développent bien. Pas besoin en effet d’avoir le patient dans son cabinet pour interpréter des résultats d’analyses sanguines, par exemple, ou pour transmettre l’évolution de son poids. La télésurveillance en revanche est plus délicate à mettre en place, il faut en effet que le patient soit en mesure de relever et d’entrer dans un système sécurisé des données et des paramètres physiologiques le concernant et qu’à l’autre bout un médecin puisse les intercepter en temps réel et les analyser. Il est possible de mettre en place ce suivi à domicile sans affecter sa qualité. Au-delà du confort pour le patient, cela représente une vraie économie.

Aujourd’hui, par exemple, on compte 350 000 patients hospitalisés par an sur une durée de onze à douze jours pour une insuffisance cardiaque. Il est possible grâce à la télésurveillance à domicile de ramener cette durée à quatre ou cinq jours, une économie d’un million d’euros. La télésurveillance à distance pourrait, si elle était mise en place, bénéficier à trois millions de personnes.

Intervenir dans les structures médico-sociales

Il est important, notamment dans les EHPAD (Établissement d’hébergement de personnes âgées dépendantes), d’avoir des médecins et spécialistes référents se trouvant à distance afin de répondre aux interrogations du personnel infirmier. Cela leur permet d’envoyer, par exemple, la photo d’une plaie chronique sur une jambe à un dermatologue, de transmettre des informations sur le rythme cardiaque à un cardiologue, de surveiller le fonctionnement d’un pacemaker, etc. Ce dispositif existant dans quelques régions à titre expérimental n’est pas encore généralisé faute de modèle de financement.

Alexandra Da Rocha