La tête d’un ver décapité repousse avec ses souvenirs

Que deviennent les souvenirs lorsqu'une tête est coupée ? D'après une récente étude, ils seraient stockés dans des cellules et retransmis au cerveau après la repousse du cerveau.

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Les vers planaires ont des caractéristiques très similaires avec l'Homme. ©ThinkStock

Après le projet d’une greffe de tête d’ici 2 ans, c’est au tour de la régénération du cerveau de captiver les scientifiques. Une étude publiée le 2 juillet dernier dans le Journal of Experimental Biology (JEB) révèle que les têtes de vers décapités repoussent avec leurs souvenirs. Un espoir pour la médecine régénératrice.

Les vers planaires récupèrent leur tête… et leurs souvenirs 

Réalisée par une équipe de l’université Tufts (Massachusetts), l’expérience a été effectuée sur des planaires, des vers plats d’eau douce, capables de se régénérer entièrement grâce à des néoblastes, des cellules souches, même à partir d’une toute petite portion de leur corps. La question que se posaient les scientifiques était de savoir si une fois leur tête repoussée, ils se souvenaient du passé.

La difficulté pour les chercheurs a été de trouver un moyen de s’assurer que la mémoire des vers était intacte après la repousse de la tête. Pour cela, ils ont mis au point des plateformes expérimentales afin de les tester. Ils ont observé des groupes témoins dans des boîtes classiques de Petri rondes entièrement en plastique. Puis ils ont placé plusieurs dizaines de spécimens dans des arènes dodécagonales, au sol rugueux et aux parois en plastique et en métal.

Vers planaires : une arène pour les tester

D’ordinaire, les planaires préfèrent rester sur les parois des récipients et éviter la lumière. Pour les inciter à se déplacer, on a placé des morceaux de foie de boeuf au milieu de l’arène et on l’a éclairé par une diode électroluminescente. Après une dizaine de jours d’entraînement, les planaires reconnaissaient l’arène et retrouvaient plus rapidement leur nourriture. Les chercheurs étaient donc sûrs que leur cerveau avait acquis ses connaissances par l’expérience et qu’il ne s’agissait pas de réflexe de leur part.

Leurs têtes ont ensuite été coupées sans laisser un milligramme de cerveau aux vers. Après les deux semaines nécessaires à la repousse, ils ont été réintroduits dans les arènes. La première séance, les planaires entraînés ne réussissaient pas plus l’épreuve que les novices. Mais dès la deuxième, ils parvenaient à trouver la nourriture aussi vite qu’avant leur décapitation, preuve qu’ils se souvenaient de leur entraînement.

Les neuroblastes conservent les souvenirs ?

Comment est-ce possible ? L’un des auteurs de l’étude, Michael Levin, précise dans Le Monde : « Nous n’avons pas la réponse à cette question. Ce dont nous apportons la preuve, c’est que, de manière remarquable, la mémoire semble être conservée en dehors du cerveau ». La connaissance de l’arène a probablement réussi à s’imprimer dans les néoblastes qui servent à régénérer la partie du corps manquante.

Le Dr James McConnell avait déjà avancé la même chose en 1959 mais ses résultats n’ont pas pu être confirmés par d’autres scientifiques. Avant l’étude de l’université de Tufts, cette idée avait été abandonnée.

Ces résultats sont encourageants pour les personnes souffrant d’une maladie neurodénégérative comme Alzheimer. On espère conserver les souvenirs stockés depuis l’enfance lorsque l’on repeuplera le cerveau avec des nouveaux neurones.

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Charlotte Loisy