Le baclofène, ce médicament aux effets indésirables très (trop ?) nombreux

Selon un rapport publié par l’ANSM, le nombre d’effets indésirables recensés du baclofène a explosé en 2012. Ce qui laisse à s’interroger sur la pertinence de son utilisation pour traiter l’alcoolisme.

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405 effets indésirables du baclofène ont été rapportés en 2012. ©Sipa

Étendre l’autorisation de mise sur le marché (AMM) du baclofène pour traiter de l’alcoolisme : l’idée est sérieusement étudiée. Mais le bilan 2012 des effets indésirables de ce médicament, établi par le Comité technique de pharmacovigilance (CTV) de l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) et publié sur son site, risque de changer la donne…

Baclofène : 405 effets indésirables recensés

Le baclofène, habituellement prescrit comme décontractant musculaire, a largement été plébiscité au cours des derniers mois pour traiter les personnes souffrant d’une addiction à l’alcool. À tel point, que les ventes ont augmenté de 52 % en 2012 ! Mais la liste des effets secondaires liés à ce médicament a elle aussi explosé. « Au cours de l’année 2012, 263 cas (93 graves et 170 non graves) correspondant à 405 effets indésirables ont été rapportés dans le traitement des addictions, soit 163 cas de plus que pour l’année 2011 », indique le rapport du CTV.

Ces chiffres sont toutefois à prendre avec des pincettes : cette augmentation peut être réellement due à une hausse des complications, ou alors, à une hausse des déclarations de patients, précisent les auteurs.

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Baclofène : une molécule complexe

Parmi ces effets indésirables, certains sont bien connus. On dénote ainsi 33,6 % de troubles neurologiques, 21 % de troubles psychiatriques ou encore 10 % de troubles gastro-intestinaux. Mais de nouveaux, liés à la prise du baclofène comme traitement anti-alcoolisme, ont aussi fait leur apparition, comme l’insomnie, la sudation excessive, la décompression maniaque ou encore les troubles sensitifs et sensoriels. Ce qui, pour les experts, prouve bien que l’action de cette molécule reste complexe et n’a pas totalement été élucidée.

Selon les laboratoires, la moitié des ventes de baclofène concernerait aujourd’hui l’alcoolo-dépendance, et se ferait donc hors AMM. Afin d’éviter une prescription rapide et peut-être irréfléchie du baclofène, le CTV suggère une prescription centralisée, autrement dit décidée par un collège de médecins de différentes spécialités. C’est ainsi que l’on procède déjà dans un centre d’addictologie à Lille et l’expérience porte ses fruits : la gravité des effets indésirables a été diminuée de moitié par rapport au reste de la France. 

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Julie Toury