Le « Big brother » sur Mars, c’est pour 2023

Dans une dizaine d'années, la société Mars One aimerait produire une télé-réalité sur la planète rouge. Un pari risqué et qui coûtera très cher.

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Mars One lancera une télé-réalité sur la planète rouge ©DR

La rumeur court depuis juin dernier et serait désormais officiel : la société Mars One envisagerait sérieusement de faire une télé-réalité… sur Mars ! Depuis mardi dernier, il est d’ailleurs possible de postuler en ligne pour embarquer à bord d’une navette, pour un trajet de sept mois vers la planète rouge. Autant dire que, contrairement aux candidats de « Secret Story », ceux de Mars One auront de « l’espace ».

Le projet, attendu pour 2023, devrait coûter 4,78 milliards d’euros, soit plus de deux fois plus cher que la mission de Curiosity. «La conquête de Mars est l’étape la plus importante de l’histoire de l’humanité», assure le fondateur de l’entreprise, le néerlandais Bas Lansdorp, un ingénieur en mécanique de 35 ans. Un tel projet semble donc très envisageable, surtout lorsqu’on sait qu’aucun astronaute – donc une personne professionnelle et pas un vulgaire candidat de télé réalité – ne s’est encore jamais rendu sur place…

Un aller pour Mars… Sans retour !

Quoiqu’il en soit, l’idée semble plaire, puisque la société affirme avoir déjà reçu un millier de candidatures. Des « aventuriers » que l’entreprise devra trier pour au final n’en garder que quatre, qui subiront un entraînement intensif avant de s’envoler vers d’autres cieux. L’opération sera renouvelée tous les deux ans jusqu’à atteindre environ vingt terriens en 2033.

Cependant, une précision quant aux conditions de voyage s’impose. Les futurs candidats n’auront qu’un billet simple vers Mars ! Les vingt élus devront donc tout abandonner sur Terre pour passer le reste de leur vie – qui ne devrait donc pas durer longtemps – sur une planète où la température avoisine les 55 degrés en dessous de zéro et où l’atmosphère est composée à 95% de dioxyde de carbone. Leur oxygène sera alors produit à partir de l’eau présente sous forme de glace dans le sous-sol. Une fois leur colonie installée, ils mèneront des recherches scientifiques, notamment sur d’éventuelles traces de vie.

Aux commandes de cette future télé-réalité : Bas Lansdorp et son équipe, un physicien, un graphiste industriel et une spécialiste en communication d’entreprise, qui garderont la main sur la «coordination générale» du projet et qui ne confiront que la réalisation technique à des sociétés privées spécialisées.

Mais alors, qu’en pensent les spécialistes ? «Je pense qu’il y a de nombreuses questions qu’ils n’ont pas examinées assez en profondeur», s’inquiète Chris Welch, professeur d’ingénierie spatiale à l’Université internationale pour l’espace (ISU), basée à Strasbourg. Ce dernier doute que 6 milliards de dollars puissent être rassemblés «grâce à la télé». «Faire atterrir une personne à la surface de Mars… pourquoi pas. Mais faire atterrir quatre personnes et les garder en vie sur place, c’est beaucoup plus difficile», estime-t-il par ailleurs, ajoutant que la production d’oxygène à partir de glace est «en théorie possible» mais extrêmement incertaine. Autre élément à prendre en compte : les éruptions solaires, qui projettent dans l’espace de la matière ionisée pouvant «griller» les astronautes et endommager sérieusement leur vaisseau, met en garde Jorge Vago, expert d’un programme d’exploration de Mars de l’Agence spatiale européenne (ESA).

Mathilde Bourge