Le GHB contre l’alcoolisme

La drogue du viol serait une molécule efficace contre l'alcoolisme. Des tests sur 150 patients français devraient débuter très prochainement.

0
1961
Du GHB pour lutter contre l'alcoolisme ©ThinkStock

Le GHB pourrait-il aider les alcooliques à arrêter de boire ? Quelques jours après l’autorisation par l’Union européenne de la mise sur le marché d’un nouveau médicament contre l’alcoolisme, ce dernier va être testé à l’échelle continentale par les chercheurs, avant une possible autorisation de mise sur le marché. Sa particularité ? Il contient de l’oxybate de sodium, plus connu sous le nom de « drogue du viol », une molécule qui a déjà fait ses preuves en Italie et en Autriche.

« Le médicament, l’oxybate de sodium (nom de marque : Alcover), doit en effet faire la preuve de son efficacité et à différentes doses dans un essai rigoureux », souligne le professeur Henri-Jean Aubin, addictologue à l’hôpital Paul-Brousse de Villejuif, dans le Val-de-Marne.

150 patients testés en France

Pour ces essais à l’échelle européenne, 500 patients vont tester l’efficacité de ce médicament, dont 150 en France. Pour participer à cette étude, les volontaires peuvent manifester leur intérêt au numéro vert 0805 210 010. « On compte environ 1,5 million de personnes alcoolo-dépendantes en France, dont très peu prennent un traitement, et 5 millions de buveurs excessifs », affirme le Pr Aubin, qui espère recruter suffisamment de volontaires.

Ces 150 « cobayes » seront divisés en cinq groupes. Quatre recevront différentes doses d’Alcover pendant trois mois, tandis que le cinquième prendra un placebo sans le savoir. A l’issue de ces tests, les spécialistes détermineront si oui, ou non, ce médicament pourra être prescrit en France. « L’oxybate de sodium étant inscrit sur la liste des stupéfiants, la prescription se fait sur ordonnance sécurisée et est limitée à 28 jours. La prescription initiale annuelle est réservée aux spécialistes en neurologie et aux médecins exerçant dans les centres du sommeil », précise l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (INSERM) sur son site. Quoi qu’il en soit, l’Alcover ne devrait pas être prescrit en médecine générale.

Un taux de réussite à 70 % en Italie

En Italie, où 300 000 patients ont déjà été traités, le laboratoire annonce « un taux de succès aux alentours de 70 %, avec une abstinence complète ou un retour à une consommation modérée ».

« Le produit conçu par le laboratoire D&A Pharmase est sous forme de paillettes effervescentes bien visibles, afin d’éviter que ce GHB ne soit mis dans le verre des gens à leur insu », relève le Pr Aubin. En France, selon une étude publiée lundi 4 mars, l’alcool est responsable de 49.000 décès chaque année.

Mathilde Bourge