Le plagiat littéraire

Nombreux sont les écrivains, même géniaux, à avoir trempé leur plume dans les oeuvres des autres. Si PPDA défraye la chronique, il n'a rien à envier à de nombreux auteurs classiques...

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Enfant et papy machine à écrire ©ThinkStock

Si les citations, guillemets avec nom de la source à l’appui passent, reprendre, en revanche, des paragraphes voire des pages, sans mentionner leur auteur, cela s’appelle du plagiat. Une notion utilisée dès le XVIIIe siècle par les critiques littéraires, auteurs et éditeurs mais qui n’a aucune valeur juridique. En droit, on parle de contrefaçon. La dernière affaire en date concerne Michel Houellebecq, prix Goncourt, accusé d’avoir recopié de brefs passages de Wikipédia, l’encyclopédie participative en ligne. Chez les Grecs anciens déjà, le sujet faisait débat. Aujourd’hui, une oeuvre reste protégée pendant les 70 ans qui suivent le décès de l’auteur plus une «prorogation pour temps de guerre» de 3 à 4 ans, la jurispridence considérant que les auteurs n’ont pas pu écrire et être publiés dans de bonnes conditions.

Le plagiat ? Un classique !

Tout le monde connaît ces vers de Lamartine, «&Ocirc temps, suspend ton vol, et vous heures propices…», qui reviennent en fait à Antoine-Léonard Thomas, poète du XVIIIe siècle… Idem pour «Un seul être vous manque et tout est dépeuplé» volé à Nicolas Germain Léonard dans L’Isolement. Le grand Molière a pêché dans Le pédan joué de Savinien Cyrano de Bergerac une scène des Fourberies de Scapin et dans les Suppositi d’Arioste, une scène de l’Avare. Même le célèbre Zadig de Voltaire serait une reprise du Voyage et les aventures de trois princes de Sarendip, ouvrage persan. Le moraliste Jean-Jacques Rousseau aurait lui aussi cédé à cette vilaine pratique en reprenant mot à mot De Jure Civitatis d’Ulrici Huberti dans son fameux Contrat Social. Emile Zola, lui, l’a crié haut et fort: «Cherchez mes plagiats dans mes précédents ouvrages et vous ferez de belles découvertes»! Une scène érotique de Nana est ainsi empruntée à Thomas Otway, dramaturge du XVIIe siècle, et l’Assommoir pioche dans Sublime de Denis Poulot.

Auteurs contemporains héritiers d’une tradition ?

La Bicyclette bleue de Régine Deforges, longtemps considérée comme une copie quasi-conforme d’ Autant en emporte le vent de Margaret Mitchell, n’a finalement pas été taxée de plagiat par la justice. Devant les tribunaux, le conseiller et essayiste Alain Minc, auteur de Spinoza, un roman juif, a eu moins de chance. Il a été condamné à verser 15.000€ à Patrick R&oumldel, auteur de Spinoza, le masque de la sagesse. Le biographe Henri Troyat a lui aussi perdu son procès contre Gérard Pouchain et Robert Sabourin, co-auteurs de Juliette Drouet ou la dépaysée. Jacques Attali est lui régulièrement accusé de plagiat par la presse qui relève des similitudes entre Histoire du temps et des livres de Jean-Pierre Vernant ou encore d’Ernst Jünger. Et quand Thierry Ardisson se prend pour un écrivain, son Pondichéry se retrouve au pilon: il avait repris des passages de Georges Delamare. Certains auteurs crient, eux, au plagiat. Camille Laurens, auteur de Philippe, reproche à Marie Darrieussecq d’avoir raconté son histoire, la perte d’une enfant, dans Tom est mort … Le plagiat a de l’avenir!

Agnès Cerbelaud, Benjamin Cheerière, Alexandra Da Rocha, Florent Gaillard, Katy Le Moël