Le premier enregistrement de voix a été réalisé en France en 1860

Grâce aux chercheurs américains du Lawrence Berkeley National Laboratory (Californie) et au collectif First Sounds, nous savons, depuis 2008, que l’enregistrement de voix humaine le plus vieux du monde connu à ce jour est celui du Français Édouard-Léon Scott de Martinville, qui a gravé sur papier « Au Clair de la lune » grâce à son phonautographe, en 1860.

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Edouard-Léon Scott de Martinville a inventé le phonautographe en 1860

Le premier enregistrement de voix humaine ne remonte pas à Edison, comme nous le pensons communément, mais au précurseur français Édouard-Léon Scott de Martinville. C’est en 2008, que le groupe de chercheurs américains First Sounds, en collaboration avec le Lawrence Berkeley National Laboratory en Californie, a réussi à retranscrire et réécouter 10 secondes de la chanson Au Clair de la Lune, enregistrée en 1860 à l’aide d’un phonautographe.

Édouard-Léon Scott de Martinville, l’inventeur français du phonautographe

Bien qu’il soit issu d’une famille bourgeoise écossaise, Édouard-Léon Scott ne possède pas assez d’argent pour finaliser ses inventions. Il semblerait pourtant que l’ouvrier typographe, écrivain et libraire parisien réussisse à enregistrer des voix humaines dès 1853-1854, mais ces phonautogrammes ne sont pas exploitables par les chercheurs contemporains. Son travail commence à être reconnu lorsqu’il intègre la Société d’encouragement pour l’industrie nationale (SEIN).

En 1857, à l’âge de 40 ans, Édouard-Léon Scott de Martinville, soutenu par la SEIN, réussit à obtenir une bourse et dépose un premier brevet pour son phonautographe, avant d’en déposer un second qui scelle son invention officielle, le 9 avril 1860, soit 17 ans avant le phonographe de Thomas Edison.

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À quoi sert le phonautographe ?

Son appareil signifie « voix s’écrivant elle-même ». Il édite une inscription graphique de la parole, sur une feuille de papier, pour l’enregistrer. Autrement dit, son but est de pouvoir écrire et dessiner le son pour qu’il puisse être reproduit. Le projet final de Scott de Martinville est de pouvoir un jour utiliser ce type d’appareil dans l’industrie. Le phonautographe n’a cependant pas permis de réécouter les sons enregistrés avant… 2008 !

Néanmoins, c’est seulement 17 ans après l’invention du phonautographe que Thomas Edison a réussi à lire et reproduire les sons enregistrés avec un autre appareil : le phonographe. Les deux machines se ressemblent beaucoup puisque le phonautographe de Scott de Martinville sert de base au phonographe d’Edison.

L’appareil de l’inventeur français se compose d’un pavillon qui apporte le son à une membrane vibrante rappelant le diaphragme, située au bout du tube acoustique. Ce diaphragme transmet les vibrations sonores à un stylet, qui les grave sur une feuille de papier enduite de noir de fumée, elle-même déposée sur un cylindre rotatif.

Le phonautographe, ancêtre du phonographe d’Edison

Le phonographe de l’inventeur Edison fonctionne sur le même schéma que le phonautographe. Cet Américain modifie les matériaux du cylindre sur lequel est gravé le son (cylindre d’étain puis de cire), de manière à améliorer la qualité de l’enregistrement.

Thomas Edison parvient à faire de son appareil qui grave les sons, un outil de lecture.En effet, dans le phonographe d’Edison, le stylet qui grave, permet aussi de lire cette gravure pour reproduire le son. C’est certainement cette réussite qui vaut à l’Américain d’être bien plus cité dans l’histoire de l’enregistrement sonore qu’Édouard-Léon Scott de Martinville, souvent oublié. Pourtant, c’est sur la base de l’appareil du Français qu’Edison a réussi à inventer son phonographe.

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Au Clair de la lune, le plus vieil enregistrement de voix au monde

Le collectif First Sounds a découvert les enregistrements du Français dans les archives de l’Académie des sciences à Paris. Jusqu’à présent, personne n’avait réussi à écouter des enregistrements de voix humaines, antérieurs à 1888.

L’historien et cofondateur de First Sounds David Giovannoni est parvenu, avec son équipe, grâce à la tête de lecture virtuelle élaborée par les chercheurs californiens du Lawrence Berkeley National Laboratory, à reproduire le son gravé sur papier par Scott de Martinville, en 1860. Cet enregistrement n’est autre que le morceau populaire à l’auteur anonyme, Au Clair de la Lune.

Qui chante sur cet enregistrement ?

Les scientifiques ont d’abord pensé que la voix écoutée était celle d’une femme, mais, en ralentissant la vitesse de défilement du rouleau cylindrique, ils ont pu entendre la voix d’un homme, certainement celle de l’inventeur lui-même !

C’est seulement un siècle et demi après que Scott de Martinville a réussi les premiers enregistrements de voix humaines, que le monde entier découvre ce qui est à ce jour, le plus vieil enregistrement de voix au monde.

Les chercheurs connaissaient l’existence du phonautographe, mais aucun d’eux n’étaient parvenu à lire ses enregistrements. La découverte de ce phonautogramme de 1860 révèle que l’appareil du Français fonctionnait et n’était pas uniquement destiné à une utilisation scientifique. Scott de Martinville espérait un jour pouvoir préserver de la musique ou de grands discours, pour ensuite pouvoir les réécouter. Il n’a pas réussi à le faire mais a mis Thomas Edison sur la piste, puisque celui-ci a réussi à reproduire les voix et les sons avec son phonographe à partir de 1877.

> Écoutez les premiers enregistrements de Scott de Martinville sur le site de First Sounds

 

Premier modèle du phonautographe (Scott, 1959) (© Revue Documents pour l’histoire des techniques) 

 

 

Solène Medjeri