Le Vésuve va-t-il bientôt se réveiller ?

Cet été, un volcan islandais est sorti de son sommeil après un siècle d'inactivité. Tout près de la France, en Italie, le Vésuve somnole depuis soixante-dix ans. Va-t-il prochainement entrer en éruption ? Le vulcanologue Jacques-Marie Bardintzeff calme nos angoisses. Ou presque.

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« Pour être honnête, il est impossible de savoir avec certitude ce qu'il va se passer », explique le vulcanologue Jacques-Marie Bardintzeff. - photo : le Vésuve - crédit : eFesenko ©ShutterStock

À la mi-août, le Stromboli (Sicile) entrait en éruption, suivi quelques jours plus tard par le volcan islandais Bardarbunga. Le 16 septembre, nous apprenions l’évacuation des populations vivant aux alentours de l’un des volcans les plus actifs des Philippines, les spécialistes redoutant une explosion dans les semaines à venir.

La menace d’une montée de magma à la surface de la Terre fait frissonner l’Homme depuis des siècles, le souvenir de Pompéi renforçant ce sentiment d’impuissance. Depuis 1944, le Vésuve est plongé dans un profond sommeil. Mais jusqu’à quand ? Pourrait-il se réveiller dans vingt, dix, deux ans ? Le vulcanologue Jacques-Marie Bardintzeff nous en dit plus sur l’état de la « bête » et les scénarios possibles en cas de réveil.

Le Vésuve est étudié 24h sur 24 par des spécialistes

– Le Vésuve pourrait-il se réveiller dans un futur proche ?

Jacques-Marie Bardintzeff : C’est possible. Il est entré en éruption au moins une fois au cours de chaque siècle. Depuis 1944, plus rien. Ce serait très étonnant qu’il n’y ait pas d’explosion au XXIe siècle mais pas impossible non plus. Parfois, un volcan somnole pendant une très longue période. L’ennui est qu’à son réveil, il rattrape son retard et l’éruption est souvent violente.

– En l’an 79, le Vésuve se réveille et ensevelit en vingt heures tout Pompéi ainsi qu’Herculanum. Une catastrophe naturelle qui pourrait, un jour, se reproduire et endeuiller la ville de Naples, dont le cœur se situe à seulement douze kilomètres du cratère. Les Napolitains ont-ils des raisons de trembler ?

J.-M. B. : Naples serait en effet la première ville menacée puisqu’elle se situe à une vingtaine de kilomètres du Vésuve. Mais le volcan est très bien surveillé. Il est étudié par des experts 24 heures sur 24 dans un observatoire volcanologique. Le scénario Pompéi peut se reproduire au niveau volcanique mais il ne doit pas se répéter au niveau humain.

– La Protection civile italienne a prévu un plan d’urgence, prévoyant un délai de six jours pour évacuer les 700 000 personnes situées dans la zone la plus critique. Ce délai est-il suffisant ?

J.-M. B. : Oui, c’est jouable. Et puis les choses sont prises très au sérieux. Il y a régulièrement des exercices d’évacuation importants pour que les habitants sachent exactement quoi faire en cas de catastrophe. –

– Tout est sous contrôle alors !

J.-M. B. : Quasiment. Le seul souci est qu’on ne peut pas se permettre d’évacuer trop en amont. Dans certains cas, le magma monte et tout à coup s’arrête à environ quelques kilomètres de la surface. Puis plus rien ne se passe pendant des mois. Si les autorités prennent les gens en otage en les extirpant de leur domicile et qu’il ne se passe rien, elles seront moins crédibles le coup suivant. N’oublions pas qu’une évacuation n’est pas anodine. Elle représente un coût très important : les commerces sont à l’arrêt, les pertes sont énormes. On ne peut pas lancer une opération de ce genre sans la menace d’un réel danger.

Le scénario Pompéi pourrait se reproduire

– Une éruption peut-elle vraiment être anticipée par les scientifiques ?

J.-M. B. : Il y a des signaux précurseurs. Le magma ne peut pas monter en quelques secondes. Les premiers signes se manifestent souvent vingt-quatre à soixante-douze heures avant le réveil du volcan. Concernant le Vésuve, le magma se situe très en profondeur donc il mettra plus de temps à sortir de son sommeil, entre une à quelques semaines.

– Quels sont exactement ces signaux ?

J.-M. B. : Quand le magma commence à bouger, la roche se fracture, des fissures se forment. Puis il y a des micro séismes (magnitude 1 ou 2), qu’on ressent à peine mais qui sont très réguliers. Autre symptôme, parmi beaucoup d’autres : le volcan s’élargit de quelques millimètres. Ce n’est rien du tout mais les spécialistes ont aujourd’hui les moyens de mesurer tout ça très bien. Ces différents changements indiquent que le magma est sûrement en train de s’agiter sous terre mais ça ne veut pas pour autant dire qu’il commence à monter.

– D’après les calculs effectués par les chercheurs, la prochaine éruption devrait être au moins aussi intense que celle de 1631. À l’époque, l’explosion avait tout détruit sur une distance de 500 kilomètres et provoqué la mort d’environ 4 000 personnes. Les poussières du volcan se sont éparpillées jusqu’à Constantinople, située à environ 1 200 kilomètres du cratère. Ce scénario pourrait-il réellement se reproduire ?

J.-M. B. : Oui mais, en réalité, il y a trois cas de figure possibles. Le danger maximal serait un scénario proche de l’épisode Pompéi. Ce type d’éruption se reproduit tous les quelques milliers d’années. La dernière remonte à l’an 79, nous sommes en 2014… donc c’est envisageable. Le moins à craindre serait un réveil comme celui de 1944. Il y a tout de même eu quelques dégâts et une dizaine de victimes – c’est toujours trop – mais cela reste minime. Il est vrai, cependant, que les spécialistes redoutent plutôt une explosion semblable à celle de 1631. Pour être honnête, il est impossible de savoir avec certitude ce qu’il va se passer…

500 millions de personnes vivent sous la menace d’une éruption

– À part le Vésuve, d’autres volcans menacent-ils l’Homme ?

J.-M. B. : Il y a plus de 1 500 volcans potentiellement actifs à travers le monde. On en trouve en Amérique du Sud, en Indonésie mais aussi en Europe (Islande, Italie…), sur l’île de La Réunion et ailleurs. Environ cinquante éruptions sont comptabilisées chaque année. Au total, 500 millions de personnes vivent près d’un volcan actif et donc sous la menace d’une éventuelle explosion.

– « Potentiellement actifs », c’est-à-dire ?

J.-M. B. : Pour certains, on a des doutes. On considère qu’un volcan est éteint quand il n’est pas entré en activité au cours des 50 000 dernières années sur les continents. On élargit même à 100 000 ans pour être sûr de notre coup. Avec ces délais, difficile de savoir avec précision quel est le nombre de volcans véritablement actifs.

– Les scientifiques ont-ils les moyens de retarder l’éruption d’un volcan ?

J.-M. B. : C’est impossible ! Cette idée ressemble à de la science-fiction mais elle n’est pas ridicule. Il peut s’agir d’une réflexion pour l’avenir. On ne peut pas stopper une éruption mais on pourrait, par exemple, placer à un endroit précis du volcan de l’explosif pour le forcer à cracher tous les dix ans et ainsi planifier les évacuations longtemps à l’avance. Tout ça mérite d’être potassé !

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> Pour aller plus loin : Pour les nuls présente les volcans, de Jacques-Marie Bardintzeff, illustration Fabian Grégoire, éditions Gründ (avril 2014), 9,95 euros.

Cécile David