Les céréales : les faux amis de notre petit déjeuner

Très présentes sur les rayons des supermarchés et dans nos placards, les céréales faciles à préparer sont-elles aussi bonnes pour la santé que les publicités le suggèrent ? Réponse à tout ! a enquêté.


0
2086
Les céréales : les faux amis de notre petit déjeuner ©ShutterStock

Plébiscitées par plus de la moitié des Français, les céréales du petit déjeuner ont été inventées à la fin du XIXe siècle aux États- Unis. Les premières commercialisées furent des flocons d’avoine sous la marque Quaker. Puis, un certain John H. Kellogg, stomatologue américain, mit au point les célèbres corn flakes ou pétales de maïs. Son objectif premier était d’améliorer l’alimentation de ses patients en créant un produit facile à digérer. Il eut l’idée de concasser des grains de maïs puis de les cuire à la vapeur avant de les rouler et de les faire dorer au four. Son frère Will K. Kellogg y vit une formidable opportunité 
et créa en 1906 la Kellogg Company. 
Et à grand renfort de marketing et
 de publicité, les céréales sont devenues les incontournables du petit déjeuner.

Des disparités entre elles

Il en existe aujourd’hui de toutes sortes, pour tous les goûts et tous les budgets. En France, plus de 800 millions de tonnes sont consommées par an. 
Le marché est estimé à plus de 600 millions d’euros. Fabriquées à partir de blé, maïs, riz et parfois d’orge et d’avoine, les céréales sont prêtes à être avalées en deux secondes, une situation idéale quand on est pressé le matin. En outre, elles sont aussi ludiques et réputées bonnes pour la santé. Du moins, c’est ce que l’on comprend en lisant les emballages. Enrichies en vitamines, fer, calcium, bourrées de fibre, elles ont a priori tout pour plaire. En réalité, parmi l’infinité de produits proposés, peu s’avèrent réellement intéressants d’un point de vue nutritionnel. Entre un muesli, des flocons d’avoine et des « pépites » fourrées au chocolat ou enrobées de caramel, il existe un fossé énorme.

Divers modes de fabrication

Sachez d’abord qu’il vaut mieux opter pour des céréales complètes, c’est-à-dire non raffinées.
 Elles sont 
constituées
 de graines 
auxquelles on a 
laissé l’enveloppe (le son) et le
 germe. Ces
 éléments 
apportent des 
fibres en grande
 quantité, ainsi que 
des vitamines et des 
minéraux. Les céréales 
complètes fournissent
 ainsi, en plus des sucres 
complexes, des éléments nutritionnels importants. Pour bénéficier des bienfaits des glucides complexes, il faut encore choisir des céréales dont le mode de fabrication ne détruit pas la structure de l’amidon. Or les hautes températures et les pressions élevées utilisées pour conférer aux céréales une texture et des formes attrayantes ont souvent pour effet de gélatiniser l’amidon, augmentant ainsi l’indice glycémique (IG). Or les aliments à fort IG diminuent le sentiment de satiété, provoquant une sensation de faim dans les deux heures qui suivent leur consommation. Elles incitent donc au grignotage et contribuent à augmenter l’obésité et le nombre de cas de diabète chez les personnes prédisposées. Privilégiez les flocons dont la technologie est moins destructive puisque la céréale est seulement écrasée et précuite.

Trop de sucre pour
 les enfants


L’autre problème des céréales prêtes à l’emploi est leur teneur en sucres et en gras. Pour flatter le palais des consommateurs, les industriels ont créé des produits chocolatés, additionnés de sucre, miel, caramel… Ce sont d’ailleurs les produits pour enfants qui 
contiennent le plus de sucre.
« Il est paradoxal que les
 céréales du petit déjeuner pour adultes soient de meilleure 
qualité nutritionnelle que celles destinées aux enfants », explique 
une étude de chercheurs de l’unité 
de nutrition humaine de l’Inra 
à Clermont-Ferrand publiée dans 
les « Cahiers de la nutrition et de la diététique ».

Une portion de 60 g de céréales peut contenir de 5 à 20 g de sucres. Or les enfants ne devraient pas consommer plus de 40g de sucre par jour. Quand on sait qu’ils mangent et boivent ensuite des biscuits, jus de fruits, bonbons, sodas, yaourts sucrés le reste de la journée, cette limite est rapidement atteinte…

Pour noircir encore un peu plus le tableau, les céréales pour enfants contiennent aussi moins de fibres que leurs équivalents pour adultes. Certes, Nestlé et Kellogg’s
 se sont engagés, il y a quelques années, à réduire la teneur en sucres et en sel dans leurs produits, mais il reste encore des efforts à faire. Parmi les marques les plus sucrées figurent Smacks avec 43% de sucre et Frosties (37 %) ! Les produits à éviter sont les céréales fourrées sucrées et grasses.

« Les portions indiquées sont irréalistes »

Selon le nutritionniste Jean-Michel Cohen, « La plupart des produits qui se vendent à grand renfort de publicité ne sont pas satisfaisants, surtout pour les enfants. Les portions indiquées sont irréalistes. Avec 30 ou 40 grammes de céréales, on n’est pas calé. Les céréales Trésor, par exemple, contiennent 600 calories pour 100 grammes alors qu’une demi-baguette avec 30 grammes de beurre n’en apporte que 460. Mais il ne faut pas seulement chercher la responsabilité du côté des industriels. Les consommateurs eux aussi sont en cause. C’est une affaire de choix », explique-t-il. « Certains parents se contentent désormais de donner un paquet de céréales à leur enfant en faisant l’impasse sur la consommation de produits laitiers… Le petit déjeuner n’est plus du tout équilibré. Avaler seulement un paquet de céréales, cela revient à manger un morceau de pain avec trois carrés de sucre… »

Enfin, il faut savoir que même les céréales dites minceur telles que Spécial K contiennent beaucoup de sucre et ne sont pas dépourvues de matière grasse. En 2008, Kellogg’s a même été condamné pour publicité mensongère car il affichait sur les paquets de Spécial K la mention 0% de matière grasse. Il est donc essentiel de prendre le temps de lire attentivement les étiquettes même si ces dernières ne sont pas toujours faciles à déchiffrer.

Le petit déjeuner idéal ?

Pour Jean-Michel Cohen, « il faut se tourner vers les produits les plus corrects, tels que le Muesli de Jordan, les Rice Krispies ou les flocons d’avoine aux pépites de chocolat de Kellog’s. Et surtout, il faut varier les plaisirs au petit déjeuner, alterner les céréales avec de la brioche puis du pain trempé dans du lait. »

Lire aussi :

Le petit déjeuner est-il indispensable ? 

– On craque pour les encas intelligents !

Solenne Durox