Les cosmétiques bio sont-ils enfin efficaces ?

La défiance à l’égard des cosmétiques bio et de leur performance perdure. Pourtant, le secteur a fait d’immenses progrès en matière de prix, de texture, d’odeur et d’efficacité. Focus sur ceux qu’il faut adopter.

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Les cosmétiques bios sont-ils enfin efficaces ? ©ShutterStock

L’histoire de la cosmétique bio remonte au début du XXe siècle en Allemagne. « C’est là que des militants du retour à la nature ont mis au point des produits de soin destinés à corriger les problèmes de peau qu’eux-mêmes ou que leurs proches rencontraient. L’odeur de ces produits était brute et leur texture épaisse. Ce qui a longtemps valu aux cosmétiques naturels ou bio, une mauvaise réputation », raconte Laurence Wittner, cofondatrice et rédactrice en chef de l’Observatoire des Cosmétiques. Il faut attendre plus d’un siècle pour que l’image de ces produits change.

Les parabènes dans le viseur

Et c’est en Allemagne que les choses bougent à nouveau. La journaliste allemande Rita Stiens publie en 2005 « La Vérité sur les cosmétiques », un livre (traduit en français chez Leduc.s éditions) qui fait l’effet d’une bombe. Elle profite de la récente obligation d’inscrire sur le packaging tous les ingrédients entrant dans la composition des cosmétiques pour les étudier un par un. Et, oh surprise, les cosmétiques conventionnels sont plein de dérivés pétrochimiques, d’actifs synthétiques, de conservateurs ou de colorants qui n’ont rien de naturel. Dans la foulée, France 2 consacre un numéro d’Envoyé Spécial sur ces cosmétiques, largement basé sur le travail de Rita Stiens. Le phénoxyéthanol et les parabènes sont pointés du doigt, les parabènes étant même soupçonnés de déclencher des cancers du sein. L’émission, très suivie, est reprise sur Internet. Et la demande de produits sans parabènes explose.

Une aubaine pour la cosmétique bio qui n’utilise pas ce genre de substances. Se sentant menacée, la cosmétique conventionnelle, elle, se met à réduire au minimum l’utilisation de parabènes dans ses produits, puis des silicones, etc. Sans oublier, marketing oblige, de communiquer dessus. Depuis cette quinzaine d’années, l’engouement pour les cosmétiques bio ne se dément pas. Même s’ils ne représentent que 3 à 4 % du marché mondial des cosmétiques (en France, c’est un peu plus), le secteur connaît chaque année une croissance à deux chiffres. Plus sains, les produits bio ont fait de gros progrès en matière de texture, d’odeur, d’efficacité… et de prix !

Savons, gels douche… on vote pour le bio !

La peau, que ce soit celle du visage ou du corps, a besoin d’être régulièrement nettoyée, c’est-à-dire débarrassée des impuretés et des micro-organismes superflus. Il faut bien sûr se démaquiller tous les soirs et faire un gommage doux ou exfoliant régulièrement. La peau est un milieu vivant où évoluent des bactéries certes, mais des bactéries non pathogènes. Et si la fonction de la peau est mise à mal ou si son acidité est déséquilibrée, certains organismes vivants peuvent persister. Il faut donc utiliser un savon ou un gel lavant surgras bio, qui sont aussi nettoyants que les produits issus de la cosmétique conventionnelle. Comme ils ne contiennent pas d’agents chimiques externes, ils n’agressent pas et n’irritent pas la peau. On évitera bien sûr aussi tous les détergents non-bio contenant du parfum. Ce dernier étant quasiment toujours synthétique, il peut être allergisant !

Crèmes et laits hydratants… le bio est au point !

Dans une crème ou un lait relevant de la cosmétique conventionnelle, se trouvent de l’eau, de l’huile minérale et/ ou des silicones qui texturisent la formule, des actifs qui sont toujours mis en avant dans les publicités, des conservateurs, du parfum synthétique ou fragrance 
et, parfois, des colorants. Cette formule varie
 sensiblement d’un produit à l’autre. On 
trouvera, par exemple, plus d’eau dans
un lait démaquillant que dans un
lait pour le corps. Les huiles
 minérales, dérivées du pétrole, 
servent autant de lubrifiants en 
mécanique que de corps gras en
 cosmétique. C’est le cas par
exemple de la paraffine, très 
appréciée car elle est bon marché
 et sa formule est stable. Mais elle
 n’est absolument pas nourrissante,
 elle procure juste une sensation de
confort. Et elle est très polluante !

Shampooings, masques… le bio pas au top !

Prendre soin de ses cheveux est devenu un vrai rituel de beauté. La cosmétique conventionnelle fait appel aux silicones pour donner une texture souple et douce, notamment aux shampooings et aux après-shampooings. Bien tolérés, ils n’endommagent pas la peau mais ont en revanche un bilan écologiste néfaste. Une fois rejetés dans la nature, ils mettent en effet des centaines d’années à se désintégrer. Autre ingrédient phare et polluant en matière de cosmétiques capillaires : les polymères. Des matières plastiques issues de la chimie lourde qui procurent un aspect
 « velours » aux cheveux… Il faudrait apprendre à s’en passer mais le problème, c’est que l’alternative bio n’est pas au point. Shampooings et après-shampooings bio ne procurent pas cette douceur du cheveu au toucher ni cette facilité de coiffage !

Teintures pour les cheveux… ni l’un ni l’autre !

Se teindre les cheveux est devenu une habitude pour une femme sur deux en France. Malheureusement, les produits utilisés sont toxiques. La paraphénylènediamine (PPD) n’est autorisée dans aucune autre famille de produits cosmétiques et le résorcinol est incriminé dans des cas d’allergies à la coloration. Voire soupçonné d’être, à fortes doses, cancérigène. Il a pourtant un rôle important dans la coloration : il soulève les écailles du cheveu et permet aux pigments de pénétrer et de se fixer. Grâce à lui, les colorants couvrent les cheveux blancs et les brunes peuvent devenir blondes. Ce qui est impossible avec des colorants bio. Car même les plus tenaces partent au bout de trois semaines de shampooing. Alors, la vraie solution, c’est de se passer des teintures toxiques comme des teintures bio, inefficaces !

Maquillage et tutti quanti… le bio en progrès !

La cosmétique conventionnelle a réussi à mettre au point des produits longue tenue: du vernis à ongles au rouge à lèvres, tout y passe. Si la cosmétique bio a fait de vrais progrès en matière de choix de coloris et de confort, elle est encore incapable de proposer des produits longue tenue. Ce qui en soi n’est pas très grave. En revanche, en matière de produits waterproof, la cosmétique bio n’est vraiment pas au point. Elle n’a pas trouvé la parade aux produits synthétiques qui garantissent la résistance à l’eau ! Par principe de précaution, on opte pour les produits bio, quitte à se ripoliner un petit coup en plus dans la journée !

Soins anti-âge… se méfier des produits conventionnels !

L’industrie cosmétique conventionnelle brevette chaque année des dizaines d’actifs cosmétiques synthétiques destinés notamment à résorber les rides. Quand ils sont effectivement utilisés dans une crème ou un soin, ils font l’objet de fortes promotions publicitaires et de toutes les attentions des services marketing. Et ce même s’ils représentent moins de 1 % des ingrédients. Quand les produits sont testés, ils le sont bien souvent in vitro sur des cellules bien souvent synthétiques aussi. Les rares tests in vivo s’appuient sur le ressenti du panel. Qui déclare la plupart du temps que la peau est plus douce et mieux hydratée qu’avant. La réalité, c’est que les produits anti- rides ne réduisent pas les sillons de la peau. Tout au mieux, ils hydratent et adoucissent. Et en la matière, inutile de se ruiner en produits chimiques et coûteux : une bonne crème hydratante bio sera tout aussi efficace !

Produits solaires… le bio, mieux que rien !

Les produits solaires bio ont beaucoup évolué ces dernières années. Finie l’époque où les écrans minéraux protégeaient des rayons UVA du soleil mais laissaient un film de poudre blanc sur la peau ! Place aujourd’hui aux nano-particules dont l’action à long terme dans l’organisme n’est pas encore bien connue… Ce qui fait que l’heure n’est pas encore au plébiscite des produits bio. On sait toutefois qu’en la matière, les produits conventionnels sont allergènes et peuvent perturber le système endocrinien. Sans compter qu’ils altèrent les coraux marins à cause des substances synthétiques qui restent dans l’eau de mer lors de nos baignades !

Scrutez les labels !

Attention, il ne faut pas confondre les cosmétiques naturels et les produits bio. Les premiers sont, en théorie, élaborés uniquement à partir d’ingrédients naturels dérivés des végétaux, des minéraux et de l’eau. Mais le marketing peut très bien vous vendre un produit avec des dérivés de pétrochimie, des silicones ou encore des tensio-actifs en le présentant comme naturel. Or pas de certificat pour être certain du produit.

De même, tous les cosmétiques bio ne portent pas forcément un label « bio ». Les petites marques n’ayant pas toujours les moyens de faire certifier leurs produits. À défaut de savoir lire les étiquettes, on se fie aux labels bio. Ces derniers 
imposent une charte très stricte : 
pas de produits dérivés du pétrole,
 pas de silicones, pas de parabènes,
 etc. Et 95% des ingrédients sont issus de l’agriculture biologique. Ils sont moins nocifs pour la santé et moins dangereux écologiquement. Parmi les plus répandus: Ecocert, Cosmebio ou le belge Ecograntie… On peut aussi faire confiance à la mention Nature et Progrès, le label britannique de la Soil Association… 

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Alexandra Da Rocha