Les jeunes, totalement privés d’alcool au volant ?

Un rapport préconise d'abaisser la limite du taux d'alcool autorisé à 0,2 g/l de sang pour les jeunes conducteurs. Une fausse bonne idée, pour certains.

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Dans 80 % des accidents mortels, l'alcoolémie est supérieure à 1,2 g/l. ©ShutterStock

Les jeunes conducteurs devront-ils bientôt se mettre aux cocktails sans alcool ? Le gouvernement pourrait bien resserrer les vis en matière de sécurité routière, en abaissant notamment le taux d’alcool autorisé par litre de sang pour les novices du volant. L’idée a été suggérée par les inspections générales de l’administration de la gendarmerie et de la police nationale dans un rapport remis en juillet au ministère de l’Intérieur. Ce document, qu’a pu se procurer Le Parisien, préconise de « retenir un taux de 0,2 g/l de sang (au lieu de 0,5 g/l) pour les conducteurs novices de moins de deux ans ». Sachant qu’un verre d’alcool augmente le taux d’alcool dans le sang de 0,15 à 0,30 g/l selon la corpulence du consommateur, un seul verre pourrait suffire à se retrouver en infraction !

Concernant la sanction, les auteurs se demandent si « en cas d’alcoolémie entre à 0,2 g/l et 0,5 g/l, il convient de retirer six points de permis, soit de fait la totalité du permis pour les novices de moins d’un an ».

Pourquoi tant de sévérité envers les jeunes conducteurs ?

Dans une lettre rédigée en janvier, Manuel Valls, alors ministre de l’Intérieur, rappelait « qu’en 2013, les conducteurs de 18 à 24 ans ayant consommé de l’alcool étaient impliqués dans un accident sur deux entre minuit et 6 heures du matin, les samedi et dimanche ». Il avait alors commandé ce fameux rapport.

Pour justifier ces propositions de mesures si restrictives, les auteurs mettent en avant le manque d’expérience des jeunes conducteurs, et leur réactivité amoindrie en cas d’alcoolisation, même légère.

Une « fausse bonne idée » ?

Cependant, les associations pour la sécurité routière restent sceptiques. Chantal Perrichon, la présidente de la Ligue contre la violence routière, a parlé ce matin, au micro d’Europe 1, d’une « fausse bonne idée par excellence ». « Entre 0,2 g/l et 0,5 g/l, il n’y a pas une accidentalité très importante. Dans 80 % des accidents mortels, l’alcoolémie est supérieure à 1,2 g/l », a-t-elle expliqué.

Du côté du ministère de l’Intérieur, on cherche à calmer le jeu, en précisant que ce rapport n’est qu’un « document de travail » : « certaines des pistes proposées » seront étudiées « avec l’ensemble des ministères concernés ».

Et dans les autres pays ?

Abaisser la limite du taux d’alcool autorisé à 0,2 g/l de sang ne serait pas une exception française. Des limitations semblables sont déjà appliquées au Luxembourg, en Irlande, en Grèce et au Portugal. En Allemagne, Italie et Suisse, la loi est encore plus stricte : aucun verre d’alcool n’est autorisé pendant les deux ou trois premières années de permis.

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Julie Toury