Les médecins ne nous disent pas tout… en France !

Selon un sondage international publié le 17 avril, la majorité des médecins français mentiraient à leurs patients, ce qui n’est pas le cas d’autres docteurs occidentaux.

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Des médecins français admettent mentir à leurs patients. ©ShutterStock

Pouvez-vous faire confiance à votre médecin ? Est-ce un bon médecin et vous dit-il toute la vérité ? Tout le monde s’est déjà posé ces questions au moins une fois. Medscape France, journal médical en ligne, a essayé de répondre à toutes ces interrogations via un sondage réalisé entre septembre et novembre 2014. Publiée le 17 avril, cette étude a rassemblé plus de 20 000 médecins d’une cinquantaine de pays en Europe et aux États-Unis. Plus de 17 000 praticiens américains ont répondu à ce questionnaire contre seulement 268 français.

Cette étude de Medscape France nous montre que la relation de confiance entre médecins et patients ne se construit pas de la même façon de part et d’autre de l’Atlantique.

Les médecins français : des cachotiers ?

Les résultats de cette recherche montrent que les professionnels de santé français ne sont pas toujours très honnêtes avec les malades. Si cela est toujours fait dans le but de mieux soigner leurs patients, plus de 40 % d’entre eux admettent cacher ou minimiser certaines informations. Ils leur arrivent de réduire l’impact de certaines interventions ou de certains traitements pour mieux convaincre les malades de se faire soigner. Ils ne vont pas non plus préciser si des erreurs médicales sans conséquence ont été commises. A contrario, les Américains s’opposent totalement à de telles omissions et prônent la totale transparence.

Malgré cela, les médecins français accordent une grande importance à la confiance que leur accordent les malades. Seulement 40% d’entre eux serait prêt à rompre le secret médical et uniquement si la pathologie du patient peut nuire à autrui (maladie contagieuse ou MST).

Toutefois, les praticiens français mentent aussi aux patients pour protéger leurs confrères. La majorité ne signalerait pas si l’un d’entre eux était malade, drogué ou alcoolique. Dans ce cas, c’est la solidarité entre collègues qui priment sur le bien-être des patients. Les résultats montrent bien que l’exercice de la médecine est très différent selon le pays où l’on est.

L’éthique médicale : des clivages culturels

Pour Sylvie Fainzag, anthropologue spécialisée dans la maladie et le soin, les clivages entre pratiques médicales américaines et françaises ne sont pas surprenants. Elle explique à Medscape que ces différences sont à la fois culturelles et juridiques. La population anglo-saxonne désapprouve et rejette les menteurs. De plus, les malades anglophones portent plus souvent plainte contre les docteurs qui ne sont pas suffisamment honnêtes.

Cette étude ne s’arrête pas à la seule manière de pratiquer des médecins, elle s’intéresse aussi à des questions sur la fin de vie des patients. Plus de la moitié des professionnels français sont opposés à l’acharnement thérapeutique pour les nouveau-nés qui auront une qualité de vie médiocre en cas de survie. Ils ne sont que 40 % à vouloir la légalisation de l’euthanasie ou du suicide assisté sous certaines conditions. Mais la profession fait une distinction entre les deux termes : l’euthanasie active est plus acceptée que le suicide assisté.

Ce questionnaire permet de mieux comprendre les médecins et d’avoir une vision plus globale de l’avis des professionnels sur la loi Leonetti sur les droits des malades et à la fin de vie. Cette loi a été modifiée en mars 2015 et a rouvert le débat sur l’euthanasie en France.

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Yuna Boudré