Les somnifères, souvent prescrits inutilement chez les personnes âgées

La Haute autorité de santé lance une campagne pour diminuer le nombre de prescriptions de somnifères, notamment chez les personnes âgées. Dans bien des cas, les patients pourraient s’en passer...

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Les somnifères ne sont pas toujours conseillés © Sandor Kacso ©Fotolia

Malgré des messages répétés de prévention de la Haute autorité de santé (HAS), les somnifères restent trop largement prescrits aux personnes âgées, qui n’en ont pas nécessairement besoin. Près d’un tiers des seniors de plus de 65 ans et près de 40 % des plus de 85 ans ont régulièrement recours à ces petites pilules pour bien dormir. Un chiffre trois à cinq fois plus élevé que chez nos voisins européens, souligne la HAS, qui lance aujourd’hui la campagne « Arrêter les somnifères, c’est possible ».

Les vraies insomnies souvent confondues avec d’autres troubles

Si les médecins continuent de délivrer autant d’ordonnances pour des somnifères, c’est que les problèmes de sommeil sont généralement abordés en fin de consultation par les personnes âgées. Les professionnels de santé ne prennent pas le temps d’évaluer précisément la nature de ces troubles.

Or, « après 65 ans, le sommeil se modifie, le temps de sommeil est plus court et plus fractionné, explique le Dr Sylvie Royant-Parola, présidente du réseau Morphée. On peut se réveiller une à deux fois par nuit et rester éveillé pendant une demi-heure à une heure, le sommeil est également moins profond ». Ces changements physiologiques sont souvent interprétés – à tort – comme des insomnies et traités comme telles, alors que les « véritables insomnies » ne représentent que 10 à 20 % des plaintes liées au sommeil.

La surconsommation de somnifères, non sans risques

Jugées parfois inutiles, les prescriptions de somnifères peuvent également nuire à la santé du patient. La famille des benzodiazépines a notamment été pointée du doigt en janvier dernier, par l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM), qui évoquait « des troubles de la mémoire et du comportement, une altération de l’état de conscience et des fonctions psychomotrices, des risques de chute », avec un risque accru chez les personnes âgées. Ils favoriseraient également la maladie d’Alzheimer, bien qu’aucune étude officielle ne l’ait encore prouvé.

La HAS s’inquiète d’autant plus qu’en France, les traitements à base de somnifères durent en moyenne sept mois, alors que les patients devraient cesser d’en prendre au bout de trois ou quatre semaines… Chez les personnes âgées, la prise de somnifère dure parfois plusieurs années.

Selon la HAS, il suffit juste, dans certains cas, d’adopter de bons gestes pour mieux dormir comme se lever à horaires réguliers, dîner léger, pratiquer une activité physique ou encore dormir dans une chambre tempérée. Un message que devrait systématiquement délivrer les médecins avant de prescrire des somnifères.

Thomas Levy