L’homme de Néandertal pratiquait l’art abstrait

Une gravure découverte dans une grotte de Gibraltar laisse penser que l'homme de Néandertal connaissait l'art abstrait. Une pratique qui le rapprocherait davantage de l'homme moderne.

0
2411
La gravure découverte dans la grotte de Gorham, à Gibraltar, représente des croisillons. Crédit : Stuart Finlayson/AP. ©Sipa

On pensait cette pratique réservée à l’homme moderne. L’art abstrait était en fait connu des Néandertaliens, à en croire une gravure datant de plus de 39 000 ans, récemment mise à jour dans une grotte de Gibraltar. « Il s’agit de la première gravure abstraite […] et délibérée faite sur le mur d’une grotte par quelqu’un qui n’est pas un humain moderne », a expliqué à l’AFP Clive Finlayson, directeur du musée de Gibraltar et coordinateur de l’équipe internationale de recherche. Cette découverte, dont les détails ont été publiés dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences, « rapproche davantage les Néandertaliens des humains modernes suggérant qu’ils avaient des capacités mentales équivalentes aux nôtres », a-t-il ajouté.

De précédents travaux avaient déjà apporté la preuve que les hommes de Néandertal enterraient leurs morts, prenaient soin de leurs aînés et malades, ornaient leurs corps de pigments et portaient des bijoux. Des comportements issus d’une pensée complexe, identique à la nôtre. Mais aucune expression artistique néandertalienne n’avait encore été retrouvée. « C’est le premier exemple d’un art des cavernes, d’une représentation abstraite faite par les Néandertaliens et gravée profondément dans la roche dans une partie de la grotte qu’ils habitaient », souligne Francesco D’Errico, directeur de recherche au Centre National français de la recherche scientifique (CNRS), principal co-auteur de cette recherche.

Un travail minutieux

La gravure découverte dans cette grotte de Gorham, dans une falaise faisant face à la Méditerranée, représente une sorte de dièse (ou hashtag !). Plusieurs lignes horizontales et verticales, creusées dans la roche, se croisent. Une représentation en 3D sur ordinateur de cette « œuvre » a permis de comprendre les étapes de sa réalisation. Elle ne serait pas le résultat d’un découpage de peaux ou de viande, mais bel et bien le fruit d’une volontaire et minutieuse entreprise… L’analyse microscopique a permis d’identifier 188 à 317 passages d’un outil bien tranchant – sans doute la pointe d’un silex – à l’origine de ces profonds sillons.

Cette gravure était recouverte d’une couche de sédiments d’environ 40 centimètres, datant de plus de 39 000 ans. En grattant, les scientifiques ont également retrouvé des outils de pierre, bien connus et largement utilisés par l’homme de Néandertal.

Selon les dernières études sur le sujet, l’ADN des hommes d’aujourd’hui – à l’exception des Africains – contiendraient 1,5 à 2 % de gènes néandertaliens. Un héritage certainement lié à leur co-habitation en Europe. L’homme de Néandertal aurait ensuite disparu, il y a 28 000 ans.

Lire aussi :

L’homme de Néandertal, une vraie fée du logis 

Remontez vos origines jusqu’à l’âge de Néandertal 

Julie Toury