Licence option NTM à Manchester

Voilà une option qui prête à sourire, mais qui n’en est pas moins très sérieuse. L’Université de Manchester propose à ses élèves d’étudier les textes contestataires de la musique française, de Gainsbourg à NTM.

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Ce cours mêle à la fois analyse de clip, présentation des contextes historique et social, interviews, paroles de chanson, etc. ©Sipa

« Asphyxiant les sentiments, l’argent pourrit les gens, précisément en ce moment, tout s’achète et tout se vend ». Si ces paroles du groupe de rap français NTM ne sont connues en France que par ses fans, en Angleterre, elles font l’objet d’étude.

NTM permet de comprendre un époque

L’Université de Manchester a décidé d’ajouter à son programme de licence l’étude des problématiques sociales en considération de morceaux musicaux. Pour se faire, les étudiants doivent plancher sur la musique dite contestataire française des artistes originaux et emblématiques de ce « mouvement » à l’instar du « poète Georges Brassens », du « provocateur aux multiples talents » Serge Gainsbourg ou encore les rappeurs Joey Star et Kool Shen, du groupe NTM.

Ce cours, qui fait déjà de nombreux adeptes, tend à répondre à deux questions : comment peut-on comprendre une époque en regardant du côté de la chanson populaire ? Et comment celle-ci représente-t-elle l’esprit du temps, et comment, a fortiori, peut-elle influencer le cours des évènements et engager une éventuelle prise de conscience politique ? Tout un programme.

Harvard aussi a expérimenté le hip-hop

Intitulé « Music protest in France » et dirigé par le docteur Barbara Lebrun, ex-étudiante des universités de Rouen et d’Aix-en-Provence, ce cours mêle à la fois analyse de clip, présentation des contextes historique et social, interviews, paroles de chanson, etc. Et toujours selon la présentation, il est également une occasion pour les étudiants britanniques de travailler leur français autour d’ouvrages spécialisés, comme Le rap français, un produit postcolonial ? de Laurent Béru, ou Brassens, Gainsbourg : contemporains ? d’Olivier Bourderionnet.

Pour autant, ce n’est pas la première fois que la musique dite populaire devient un objet académique et la base d’une réflexion universitaire. À Harvard, le professeur de science Christopher Emdin était favorable à l’instauration du hip-hop dans le programme classique. Pour lui s’intéresser à la culture hip-hop et la prendre comme intermédiaire, « permet aux jeunes de se réconcilier avec son domaine d’études ».

La question qui se pose maintenant de ce côté de l’Atlantique : à quand la même option dans les universités françaises ?

Laurie Ferrère