Mediator : des tests sur l’homme, toujours niés par Servier

L’affaire du Médiator dépasse les caractéristiques mêmes du médicament. Des documents retrouvés au siège du laboratoire Servier révèlent le cynisme de son dirigeant, qui utilisait des cobayes humains pour tester les effets anorexigènes de son produit.

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Mediator : des tests sur l’homme, toujours niés par Servier ©Sipa

Nouveau rebondissement dans l’affaire du Mediator. Lors d’une récente perquisition au siège du laboratoire, les enquêteurs ont mis la main sur des documents prouvant que Servier testait le Mediator comme coupe-faim sur des êtres humains. Une accusation qu’ont toujours niée les dirigeants du groupe.

Parmi les documents retrouvés, et que s’est procurés le JDD, figurent les résultats d’un essai clinique du 2 septembre 1971, conduit par le Dr Herschberg sur 64 obèses, selon lesquels « le 780 SE (ndlr, Mediator) peut être considéré comme un anorexique des plus satisfaisants et mérite d’être retenu comme adjuvant des plus précieux dans le traitement de l’obésité. » Une recommandation du Pr Jean Vague parle aussi de l’introduction de ce produit comme « un progrès certain dans la thérapeutique de l’obésité », à la suite d’une expérimentation sur 31 sujets obèses en 1973.

Le Mediator, rien d’autre qu’un coupe-faim ?

Initialement, le Mediator s’adressait à des patients diabétiques dans le cadre d’un traitement symptomatique. Au moment du retrait du produit, en 2009, il n’était plus qu’uniquement prescrit en complément du régime des diabétiques en surcharge pondérale. Pire, il a été utilisé, hors du cadre de son Autorisation de Mise sur le Marché (AMM), dans le seul but d’aider à la perte de poids chez des personnes non diabétiques.

L’avis du 10 mai 2006 rendu par la Commission de la Transparence de la Haute Autorité de la Santé, faisant suite à la demande du ministre chargé de la Santé et de la Sécurité Sociale de réexaminer la spécialité du Mediator, fait état d’un rapport efficacité/ effets indésirables mal établi. Compte tenu des effets de ce médicament, la Commission rapporte que le service médical rendu par cette spécialité est insuffisant et ne présente pas d’intérêt en termes de santé publique.

Scandale Mediator et son retrait

Le 30 novembre 2009, la France apprenait que le 780 SE (Mediator) contenant du benfluorex, ainsi que ses génériques, étaient retirés du marché. Une étude de la Caisse Nationale d’Assurance Maladie des Travailleurs Salariés, établie fin 2009, rapportait en effet que cet adjuvant augmente le risque de valvulopathie (« mauvais fonctionnement des valves cardiaques qui se manifeste par une fuite ou insuffisance valvulaire », AFSSAPS). Après cette étude, la balance bénéfice-risque penche contre le maintien de ce médicament dans le catalogue. Le Mediator serait à l’origine du décès de 500 à 2000 patients d’après la Caisse nationale d’assurance maladie.

Aux procédures pour tromperie aggravée et homicides et blessures involontaires s’ajoute, au palmarès du laboratoire Servier, une poursuite pour escroquerie, définie par l’article 313-1 du code pénal comme « le fait, soit par l’usage d’un faux nom ou d’une fausse qualité, soit par l’abus d’une qualité vraie, soit par l’emploi de manœuvres frauduleuses, de tromper une personne physique ou morale et de la déterminer ainsi, à son préjudice ou au préjudice d’un tiers, à remettre des fonds, des valeurs ou un bien quelconque, à fournir un service ou à consentir un acte opérant obligation ou décharge ». D’après les organismes de remboursement, Servier aurait fait passer le Mediator pour un médicament antidiabétique alors qu’il s’agirait en réalité d’un coupe-faim et cela en pleine connaissance de cause.

Pour ces actes, le fondateur du laboratoire du même nom, encours jusqu’à cinq ans d’emprisonnement et 375 000 euros d’amende.

Maëla Priolet