Médicaments : Les médecins connaîtraient mal leurs effets indésirables

Selon une étude internationale publiée par l’Inserm, les médecins généralistes ne seraient pas assez informés sur les effets indésirables des médicaments par les visiteurs pharmaceutiques.

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Le visiteur pharmaceutique ne parlerait d’aucun effet indésirable du médicament dans 59 % des cas analysés. ©ThinkStock

Le 27 mai, un docteur entendu dans le cadre du procès Mediator assurait que les médecins n’étaient pas assez bien formés en pharmacologie. L’Inserm confirme ses propos. Diffusée par l’institut le 29 mai et publiée dans le Journal of General Internal Medicine, une étude internationale révèle que les généralistes ne seraient pas suffisamment informés sur les effets indésirables des médicaments par les visiteurs pharmaceutiques.

Médicaments : les effets graves mentionnés dans 6 % des cas en France

L’enquête a été réalisée auprès de 255 médecins basés au Canada (Montréal et Vancouver), aux États-Unis (Sacramento) et en France (Toulouse). Bilan : les visiteurs médicaux des laboratoires insistent davantage sur les effets positifs que sur les risques des médicaments.

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De manière générale, le visiteur n’a parlé d’aucun effet indésirable du médicament dans 59 % des cas analysés. Un chiffre qui grimpe à 61 % pour la ville de Toulouse à elle seule, à 66 % pour Vancouver. Les enquêteurs ont constaté que lorsqu’un risque était évoqué par le visiteur, il ne s’agissait souvent que d’effets bénins, comme la diarrhée ou la nausée.

Si l’on se concentre uniquement sur les effets indésirables graves, les visiteurs ne les auraient mentionnés que dans 6 % des cas en France.

Les laboratoires insistent sur les effets positifs du médicament

Des questionnaires ont été distribués aux généralistes entre mai 2009 et juin 2010, après chaque rendez-vous avec un visiteur médical. Deux médecins sur trois ont déclaré que la présentation du médicament avait été faite de manière à ce qu’ils prescrivent le traitement de façon « assez probable » ou « très probable ».

« Cette étude montre qu’il faut améliorer les informations sur les effets indésirables graves des médicaments et que les pouvoirs publics devaient être plus présents dans ce domaine », a déclaré le Dr Geneviève Durrieu, qui a coordonné les travaux sur les médecins français (Métro).

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Cette enquête vient corroborer les affirmations du Dr Bernard Bégaud, entendu comme témoin le 27 mai lors du procès Mediator. Le professeur estime que les médecins ne sont pas assez formés en pharmacologie. « Les alertes sur les effets indésirables d’un médicament proviennent à 85 % des hôpitaux et seulement à 15 % des médecins libéraux » a-t-il insisté.

> En 2005, la France a signé une charte de la visite médicale, détaillant les pratiques interdites et les données qui doivent obligatoirement être renseignées par les visiteurs. Le 22 mai, la ministre de la Santé, Marisol Touraine, a fait publier un décret visant à favoriser la transparence entre les laboratoires et les professionnels de santé.

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Damien Rigat