Médicaments : les plus de 80 ans en consomment 10 par jour

Selon une étude réalisée par l’hôpital Georges-Pompidou à Paris, la grande majorité des plus de 80 ans avalerait, en moyenne, dix médicaments par jour. Une consommation abusive et souvent injustifiée.

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« À partir de cinq médicaments [consommés par jour], le risque d'accident médicamenteux augmente considérablement », souligne le Pr Olivier Saint-Jean ©ThinkStock

Les personnes âgées, shootées aux médocs ? C’est ce que révèle une étude de l’hôpital Georges-Pompidou sur « la consommation médicamenteuse des sujets âgés en France en 2011 ». Dans l’hexagone, plus de 90 % des plus de 80 ans consommeraient, en moyenne, dix médicaments par jour. Un constat qui inquiète les spécialistes.

80 % des plus de 80 ans présentent un risque d’accident médicamenteux

Selon cette enquête, relayée par le journal Libération le 17 septembre, le nombre moyen de médicaments avalés quotidiennement par les plus de 80 ans est de dix et celui des classes thérapeutiques de cinq. « Or, au-delà de trois à quatre molécules prises ensemble, on ne sait plus trop leur métabolisme, c’est-à-dire leur façon de réagir », souligne le Pr Olivier Saint-Jean, chef de service à l’hôpital européen Georges-Pompidou et coordinateur de l’étude. Et, surtout, « à partir de cinq médicaments, le risque d’accident médicamenteux augmente considérablement ». Ainsi, plus de 80 % des personnes âgées de plus de 80 ans présentent un risque d’accident médicamenteux en France.

De nombreux médicament inutilement prescrits

Autre constat : cette surconsommation est globalement inutile. Dans la catégorie des 80-89 ans, la moitié des personnes prennent des modulateurs du système rénal, 44 % des anxiolytiques, 32 % des comprimés contre l’hypertension artérielle et 22 % des antidépresseurs. Pourtant, selon les études épidémiologiques, la prescription d’une grande partie de ces médicaments n’est pas justifiée. « Dans le cas de la vitamine D, nous sommes tous carencés mais, pour les personnes âgées, on ne connaît pas le bon taux. Ce n’est pas grave, on va en donner quand même. Pourquoi ? De même, avec le traitement pour l’hypertension artérielle, on multiplie des biothérapies, voire des trithérapies, sans justification clinique », note le Pr Olivier Saint-Jean.

« Nous assistons à un doublement de la consommation [de médicaments] par rapport aux années 90 », constate le spécialiste. Pour lui, cette tendance sera difficile à inverser « tant les causes sont multiples ».

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Pour réaliser ces travaux, tous les médicaments remboursés en 2011 par l’Assurance maladie ont été analysés de manière quantitative et qualitative, en prenant en considération l’âge des patients. L’étude repose au total sur un échantillon de 594 317 individus, représentatif à 97 % de la population française. Ses résultats seront présentés dans quelques jours lors du congrès de la Société française de gériatrie.

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Damien Rigat