Médicaments mal conditionnés : que s’est-il passé ?

Des inspecteurs de l'ANSM se rendent aujourd'hui dans l'usine Teva de Sens (Yonne). Samedi dernier, un nonagénaire est décédé après avoir pris des médicaments de lots mal conditionnés, contenant des somnifères à la place de diurétiques.

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« A la suite d'un problème de conditionnement de boîtes de Furosémide Teva 40 mg, médicament diurétique, certains comprimés ont pu être remplacés par des comprimés d'un somnifère (Zopiclone également appelé Imovane) », avait averti l'ANSM. ©ThinkStock

Ce lundi 10 juin, des inspecteurs de l’Agence du médicament doivent se rendre à l’usine Teva de Sens (Yonne), suite à l’affaire des médicaments mal conditionnés, ayant pu provoquer la mort d’un nonagénaire à Marseille. Rappel des faits.

Des somnifères à la place de diurétiques

Samedi dernier, un homme, âgé de 91 ans, est décédé à Marseille. Le nonagénaire, recevait la visite d’une infirmière qui venait lui administrer, deux fois par jour, du Furosémide, un diurétique prescrit en raison d’une insuffisance cardiaque grave. D’après cette dernière, « il semblerait que l’une des boîtes d’un lot mal conditionné », pouvant contenir non pas le diurétique, mais un somnifère, ait été utilisée depuis une semaine.

En effet, la veille du décès, l’Agence du médicament (ANSM) avait alerté sur une procédure de rappel concernant deux lots de ce diurétique du groupe israélien Teva, leader mondial des génériques. « A la suite d’un problème de conditionnement de boîtes de Furosémide Teva 40 mg, médicament diurétique, certains comprimés ont pu être remplacés par des comprimés d’un somnifère (Zopiclone également appelé Imovane) », avait averti l’ANSM.

Le samedi, l’infirmière avait alors reçu un appel de son pharmacien. Ce dernier l’a prévenue de l’existence d’un lot mal conditionné.

« Cette non-prise du bon comprimé peut être à l’origine de l’œdème » ayant entraîné la mort du patient, a relevé M. Dallest, procureur de la République à Marseille. Plusieurs boîtes de Furosémide ont été retrouvées chez le nonagénaire marseillais, qui vivait seul. « Parmi celles ouvertes, une appartenait au fameux lot mal conditionné ».

Recherche des causes de la mort

Pour le moment, l’usine Teva n’a pas été désignée comme coupable. Seuls les examens toxicologiques pratiqués dans les prochains jours lors d’une autopsie détermineront si les substances contenues dans le sang du nonagénaire ont pu provoquer la mort de ce dernier. Une enquête a été ouverte pour « recherche des causes de la mort », par le pôle santé publique du parquet de Marseille.

« S’il le faut, le parquet ouvrira une information judiciaire pour ‘homicide involontaire’ mais pour l’instant, il faut être prudent », a insisté M. Dallest, rappelant l’état de santé « très dégradé » et « l’âge avancé » de cet homme de 91 ans.

Furosémide : quels lots sont concernés ?

« Tous les lots concernés ont été retirés du marché dès vendredi après-midi », a précisé Marisol Touraine, ministre de la Santé. Il s’agit des lots Y175 (date d’expiration: 08/2015) et Y176 (date d’expiration: 08/2015), soit « 95.000 boîtes par lot », avait précisé l’Agence du médicament. Les patients traités au Furosémide détenteurs d’une boîte de ces lots sont appelés à les rapporter à leur pharmacien.

Mais alors, d’où vient cette erreur ? « Aucune piste n’est exclue, ces médicaments ayant été conditionnés sur des lignes différentes à plusieurs semaines d’intervalle », a indiqué le groupe. « A ce jour, aucune raison industrielle à cette erreur n’a été trouvée ».

Mathilde Bourge